// FRANCEINFO FAITS DIVERS — CRONACA
"Quand ils rentrent, ce sont des zombies" : en Gironde, l'inquiétude d'une mère face à l'épuisement de son mari et de son fils tous deux pompiers
Habitante du Porge, mère et femme de pompier, Claire voit depuis plusieurs jours "les hommes de sa vie" lutter contre le mégafeu qui ravage la Gironde. Elle raconte la tension et la fatigue qui pèsent sur sa famille au quotidien.
Pour sauvegarder cet article, connectez-vous ou créez un compte franceinfo
Depuis presque une semaine, Claire 59 ans, habitante du Porge, guette le moindre message sur son téléphone. À de rares moments, elle reçoit des nouvelles de son mari et de son fils, tous deux pompiers. Parfois, ce sont aussi des vidéos de leur ville, Le Porge, ravagée par les flammes. "Là ils remontent l'avenue du bassin d'Arcachon pour la première fois après le passage des feux", décrit la mère de famille. La journée de mardi a été marquée en Gironde par le retour du vent et de fortes chaleurs, des conditions météo défavorables. Le mégafeu est, mercredi 29 juillet, "stabilisé", mais a enregistré un nombre très important de reprises de feu, 14 au total, sur des zones qui avaient déjà été parcourues. Près de 2 700 pompiers travaillent toujours sans relâche.
"Oui c'est la fin du monde. Le Porge est par terre, Le Porge est brulé."
Au Porge, de nombreuses maisons ont brulé, 183 au total. Celle de Claire n'en fait miraculeusement pas partie, épargnée par les flammes.
"Le Porge a été sacrifié" : un collectif d'habitants de cette commune de Gironde se constitue en vue d'une action judiciaire, après l'incendie qui a ravagé leurs maisons
Claire est pour l'instant relogée chez une amie, sa priorité : son mari et son fils. "Ils sont tout le temps en alerte. Ils ne lâchent pas", témoigne la mère de famille. "Ils prennent leur portable. Ils regardent où sont les avions ? Où est le feu ? Le sens du vent ? Ils sont tout le temps en alerte et on ne peut pas leur parler d'autre chose. Ils ne peuvent pas parler d'autre chose. Ils ne peuvent pas penser à autre chose."
Elle qui les connaît si bien, ne les a jamais vus dans un état pareil. "Au début, ils ne sont pas rentrés du tout, raconte-t-elle. Ils rentrent seulement depuis vendredi. Quand ils arrivent, ils ouvrent juste la portière de la voiture., Pour eux, tout d'un coup ça s'arrête, ce sont des zombies. Ils prennent une douche, nous on choppe les fringues, on les lave et on les sèche. Is mangent, ils dorment trois à quatre heures, et hop ils rangent et ils repartent. On peut parler avec eux après qu'ils aient pris une douche, mangé et dormi un peu, mais pas avant."
Le maire de Lège-Cap-Ferret appelle ceux qui veulent aider "à ne pas gêner l'action des pompiers" face aux incendies
Claire aussi dort très peu. Elle est morte d'inquiétude depuis que deux pompiers ont perdu la vie en Gironde à Mérignac mardi 21 juillet. Alors elle le reconnaît volontiers, elle se sent un peu perdue. "J'ai du mal à me situer dans la semaine. Quel jour est-on ? Quelle date ? Ces repères-là, on les perd vite. On a l'impression qu'on est dans un espace-temps, on ne voit pas de solutions, il faut tenir, mais ça n'avance pas, ça ne bouge pas, C'est très bizarre comme sensation."