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REPORTAGE. "C'est fini pour nous, on part" : au Porge, épicentre du gigantesque incendie en Gironde, la douloureuse question de l'après
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Les 3 500 habitants de la commune n'ont pas seulement la tête dans la paperasse administrative. Tous s'interrogent sur leur avenir dans la commune ravagée par les flammes.
Une chaise en plastique, le salon de jardin, le toboggan de sa fille, la brouette, et c'est tout. La maison de Mélissa Elies est un squelette de béton désarticulé, calciné, fondu. Méconnaissable. "Tout est écroulé, effondré. Il n'y a que les murs porteurs qui sont encore debout. Et encore, pour combien de temps ?", se demande la mère de famille de 29 ans, que l'on rencontre dans les décombres de sa propriété, jeudi 30 juillet.
"Quand je suis revenue la première fois, j'étais en état de choc. Je reconnaissais à peine les chambres, la cuisine… J'ai tout filmé car je ne le croyais pas." C'était quelques heures après avoir appris la nouvelle par message dans un groupe WhatsApp : "C'est fini pour vous".
Au Porge (Gironde), il n'y a pas que sur le numéro 104 de l'avenue du Bassin d'Arcachon que les flammes du mégafeu parti de Saumos se sont acharnées. Sur les 183 maisons brûlées de la commune, plus d'une cinquantaine se trouvent sur cette route départementale que l'on emprunte pour atteindre la presqu’île du cap Ferret.
Il est d'ailleurs rapide de lister ce qui a résisté au choc. Ici, une table de ping-pong ; là, une balancelle. En face, la structure métallique de ce qui semble avoir été une serre. Sous deux tôles ondulées par la chaleur, un coq esseulé gratte avec son bec le sol noir de suie. Et, tout autour, des hectares entiers de pinèdes en miettes. Une semaine plus tard, une odeur âcre continue de prendre la gorge et de piquer le nez.
Tout abandonner ? Mélissa Elies, qui a temporairement trouvé refuge chez une amie dans le Médoc, n'y a "pas pensé une seconde". "C'est bizarre mais je suis déjà dans l'après, assure-t-elle. La maison, on la reconstruira comme avant, à l'identique. C'est une promesse que l'on s'est faite avec mon mari, notre fille de 2 ans et demi et ma maman."
"Les travaux de déblaiement doivent commencer la semaine prochaine. On espère retrouver des objets, des photos, pour faire perdurer le souvenir des lieux dans notre future maison."
Alors que des camions de pompiers continuent de serpenter à travers l'interminable forêt, les 3 500 habitants du Porge n'ont pas seulement la tête dans la paperasse administrative pour remplir les dossiers destinés aux assurances. Faut-il rester ? Partir ? "Mais partir où ? C'est toute ma vie, le Porge", embraie Julien Paul, 50 ans, cheveux ras. Lui a perdu toute sa maison et tout son atelier de menuiserie, situés route de la Grêle. "Je n'ai plus rien, mais je vais tout rebâtir, répète en boucle le gaillard d'1m90. Je ne suis pas naïf : ça va être dur, ça va prendre du temps, c'est une bataille qui va être longue, mais que l'on gagnera avec ma famille et mes amis."
Arme à la ceinture, Sonja, policière municipale, murmure une réponse. "Après ce qu'on a vécu, se poser la question est légitime. Moi, je suis Porgeaise depuis vingt-sept ans, alors je vais rester ici. Enfin, je vais tout faire pour rester ici", se reprend-elle, en réajustant son pantalon d'uniforme.