// FRANDROID — FINANZA
Stellantis débranche son V8 hybride : pourquoi la voiture électrique reste sous perfusion des États
Ram l’a confirmé début août : à partir du millésime 2027, le V8 essence 5,7 litres HEMI abandonne l’eTorque, son hybridation légère 48 volts. Avec lui disparaissent l’alterno-démarreur à courroie, la petite batterie 48 volts et le Start&Stop, ce dispositif qui coupe le moteur au feu rouge pour grappiller un peu de carburant.
La raison officielle tient en une ligne : Washington a retiré début 2026 les crédits réglementaires qui récompensaient le Start&Stop, et ce virage pousse désormais Stellantis à débrancher son V8 hybride. Stephanie Valdez Streaty, directrice industry insights chez Cox Automotive, prévenait dès février que le Start&Stop allait tout simplement disparaître des véhicules américains.
La réglementation n’explique pas tout. Chez Ram, l’eTorque traînait aussi une réputation mitigée : beaucoup d’acheteurs de pick-up reprochaient au Start&Stop de couper le moteur au feu rouge, et le système 48 volts, avec son alterno-démarreur à courroie, a suscité des interrogations sur sa fiabilité. Le retour au V8 « pur » répond donc autant à une demande des clients américains qu’au changement de cadre réglementaire.
Comme nous allons le voir, l’Europe et la France ne sont pas loin de connaître une situation similaire, où la prise de la voiture électrique risque d’être débranchée trop tôt. De quoi coûter des milliards d’euros au contribuable européen d’ici quelques décennies.
Ram ne fait que suivre le courant. En un an, les États-Unis ont retiré quatre étages de leur réglementation sur les émissions. Le crédit fédéral de 7 500 dollars (environ 6 500 euros) à l’achat d’un véhicule électrique a sauté le 30 septembre 2025.
Les pénalités du dispositif CAFE, qui imposait une consommation moyenne aux constructeurs, ont été ramenées à zéro, ce qui revient juridiquement à abroger la norme. Les dérogations californiennes du Clean Air Act ont été annulées, mettant fin au programme Advanced Clean Cars II, désormais contesté en justice par onze États.
Et en février 2026, l’agence environnementale (EPA) a abrogé son endangerment finding de 2009, le socle qui justifiait quinze ans de normes climatiques.
Les effets sont arrivés vite. Au premier trimestre 2026, selon les données de Cox Automotive, les ventes de voitures électriques américaines ont reculé de 27 % sur un an, à environ 216 000 unités. En Californie, berceau de l’électrique, leur part de marché est tombée de 21 % en 2025 à 13,7 %.
Detroit a passé pour 53 milliards de dollars (environ 46 milliards d’euros) de dépréciations. Ford a enterré son F-150 Lightning, Stellantis a annulé son pick-up électrique, General Motors a repoussé sa nouvelle génération et Volkswagen a stoppé l’ID.4 à Chattanooga.
Le centre de recherche sur les véhicules électriques de l’université de Californie à Davis a mesuré que la demande, elle, n’avait fléchi que d’environ 20 %. Le gros de la chute vient d’ailleurs : les constructeurs ont cessé de produire dès qu’on a cessé de les y obliger. L’intérêt des acheteurs, lui, tenait encore autour de 24 % à la mi-mars 2026. L’envie tient bon, mais les voitures disponibles et qui répondent à la demande des Américains manquent.