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Actualité : Un nouveau smartphone par an : Fairphone serait-il devenu un constructeur comme les autres ?
Un an seulement après la sortie du Fairphone 6, la marque éthique lance le Fairphone 6+, une déclinaison dotée d'une puce plus récente et de davantage de mémoire vive. Pensé pour mieux résister aux futures exigences d'Android et de l'IA, ce nouveau modèle interroge sur l'accélération des cycles de renouvellement chez le fabricant néerlandais, mais aussi sur les limites matérielles de sa conception modulaire.
© Fairphone - Un nouveau smartphone par an : Fairphone serait-il devenu un constructeur comme les autres ?
C’est tout le paradoxe des fabricants, tous secteurs d’activité confondus, lorsqu’ils se veulent éthiques : il leur faut produire de la manière la plus responsable possible, créer des appareils durables et éviter, in fine, de pousser à des renouvellements trop fréquents. Cela vaut pour des secteurs tels que l’habillement, mais aussi pour celui qui nous concerne ici : la téléphonie.
Fairphone est l’une des rares marques - si ce n’est la seule - à se revendiquer “éthique”, depuis 2013 et son premier smartphone éponyme, vendu à 60 000 exemplaires. Depuis lors, les nouveaux modèles se sont succédé à une cadence relativement faible : le Fairphone 2 a attendu 2015 et le Fairphone 3, 2019 ; une fréquence de renouvellement biennale a été en vigueur jusqu’au Fairphone 6 (2025), avec une exception notable en 2020, où s’est intercalé un Fairphone 3+ qui n’a pas vraiment su marquer les esprits.
Et pourtant, c’est très exactement la stratégie que réemploie aujourd’hui le fabricant, commercialisant un Fairphone 6+ destiné non pas à remplacer le Fairphone 6, mais à le compléter à son catalogue. De quoi interroger : avec un renouvellement si proche d’un smartphone pourtant réussi, Fairphone ne se serait-il pas éloigné de ses valeurs initiales ?
Fairphone ne s’explique pas. À part la mention rapide de ”plus de puissance et de performances au global”, ce qui manque un peu de chiffres à notre goût, son Fairphone 6+ est rigoureusement le même que le modèle 6. Même boîtier, même écran, même batterie, mêmes modules photo : la marque joue à fond une carte du réemploi qui, après tout, correspond en tous points à son créneau habituel. Ce qui distingue le nouveau venu de son prédécesseur, c’est donc son SoC, c’est-à-dire sa puce Snapdragon 7s Gen 4, qui remplace un Snapdragon 7s Gen 3, associée à 12 Go de mémoire vive au lieu de 8 Go.
Notons-le d’emblée : le nouveau venu paraît plus puissant que son aîné, puisqu’il profite d’un chipset plus récent, ce qui crée un sentiment de frustration : quiconque a investi dans un Fairphone 6 devrait-il se contenter d’un mobile trop peu armé pour tenir jusqu’en 2033, date de fin de son support logiciel ? En somme, Fairphone avouerait-il en creux avoir retenu une puce un peu trop légère pour courir ce marathon logiciel, alors même qu’Android regorge d’usages boostés à l’IA qui réclament des processeurs de plus en plus puissants ? La question nous paraît légitime, mais les tests techniques que nous avons menés rappellent d’une part que le Snapdragon 7s Gen 4 est loin de rebattre les cartes de son prédécesseur - concédons que le dernier-né se comporte un peu mieux sur certains benchmarks techniques -, et qu’il reste encore et toujours bien peu puissant si on le compare à des smartphones standards facturés au même prix.
Ce qui nous avait échappé ne serait-il pas ailleurs ? Si l’on peut considérer le Fairphone 6+ comme l’aveu d’un certain manque de vision technique, un autre élément nous apparaît fondamental : Fairphone se lance sur le marché américain, lui qui ne vendait jusqu’alors ses produits qu’en Europe. C’est sans doute l’élément fondamental à prendre en compte ici : plutôt que de miser sur la (re)mise en lumière d’un Fairphone 6 déjà disponible sur le Vieux continent et le marketer pour les besoins de son arrivée outre-Atlantique, Fairphone paraît préférer la sécurité : celle d’une commercialisation justifiée par une nouveauté. Si ténue soit-elle.
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