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Actualité : Nourris tous les trois jours : ce serveur fonctionne avec… 16 millions de neurones humains vivants
Des cellules cérébrales humaines, cultivées en laboratoire et maintenues en vie dans un liquide nutritif, font désormais tourner un rack de serveurs à Singapour. On croirait à de la science-fiction : c'est opérationnel depuis le 17 août 2026.
© DayOne Data Centers / Cortical Labs - Vue rapprochée du rack DayOne x Cortical Labs dans le laboratoire de NUS Medicine à Singapour. Les écrans de chaque unité CL1 affichent les constantes vitales des neurones : température (37 °C) et taux de CO2, surveillés en continu.
Vingt boîtiers de la taille d'une boîte à chaussures, chacun abritant environ 800 000 neurones issus de cellules souches humaines. Voilà ce qui compose le rack inauguré le 17 août 2026 par DayOne Data Centers, Cortical Labs et la faculté de médecine Yong Loo Lin de NUS. Le dispositif, qualifié de premier rack serveur biologiquement intégré opéré de façon autonome, fonctionne dans un environnement de recherche actif, sous la supervision du professeur Rickie Patani, directeur du programme de neurobiologie de NUS.
Le rack de 20 unités CL1 exposé lors de l'inauguration du prototype de data center biologique à Singapour, le 6 août 2026. Une unité est ouverte, révélant le système de maintien en vie des neurones.
Le principe : les neurones poussent sur des puces en silicium équipées de microélectrodes. Ils reçoivent des impulsions électriques, y répondent, et le système d'exploitation propriétaire biOS traduit cette activité en données informatiques. La latence de sortie descend sous la milliseconde. Chaque unité CL1 consomme environ 25 watts, soit entre 800 et 1 000 watts pour le rack entier, une fraction de ce qu'exigerait un équipement classique de même gabarit.
Cortical Labs a construit sa crédibilité par étapes. En 2022, son prototype DishBrain apprenait à jouer à Pong en cinq minutes, un résultat publié dans la revue Neuron. Depuis, la startup a commercialisé son biocomputeur CL1, louable dès 280 euros par semaine.
En février 2026, un développeur indépendant, Sean Cole, a programmé Doom sur le CL1 en moins d'une semaine via une simple API Python. Guidés par une couche logicielle de reinforcement learning, les neurones parviennent à viser et tirer sur les ennemis dans leur champ de vision, sans mémoire spatiale ni planification d'itinéraire.
Les 16 millions de neurones du rack représentent 0,02 % des 86 milliards que contient un cerveau humain, et les performances mesurées restent modestes face aux puces spécialisées de Nvidia. Cortical Labs positionne sa technologie comme un complément sobre en énergie, adapté à des tâches où les données d'entraînement sont rares et l'adaptabilité prime.
La communauté scientifique, elle, surveille de près : en mars 2023, une trentaine de neuroscientifiques ont contesté dans Neuron l'emploi du terme "sentience" par Cortical Labs pour décrire le comportement de ses cultures cellulaires. Autrement dit, la capacité d'un être vivant à ressentir subjectivement des émotions, la douleur, le plaisir, et à faire l'expérience vécue de son environnement.
DayOne et Cortical Labs prévoient d'étendre le déploiement singapourien à un millier d'unités par phases. Le pari : que le calcul biologique devienne un complément sobre en énergie aux infrastructures conventionnelles, à mesure que la demande en IA explose.