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Pistage web : après AliExpress et ses ultrasons, cet outil gratuit montre l'étendue des dégâts
Un outil gratuit affiche en direct tout ce que votre navigateur raconte de vous. Le verdict est brutal : une session Chrome ordinaire peut être unique parmi 7,6 milliards.
Refuser les cookies procure une satisfaction immédiate, celle du geste qui remet un peu d'ordre dans le chaos publicitaire. Les techniques de pistage ont pourtant largement dépassé ce terrain de jeu, comme l'a rappelé la découverte de scripts ultrasoniques chez AliExpress, capables d'identifier un appareil sans déposer le moindre fichier. Un nouvel outil baptisé Glassbox propose de mettre des chiffres sur ce phénomène en jouant les traqueurs, mais du bon côté de la barrière.
Le principe du fingerprinting tient dans une accumulation de détails anodins. Résolution d'écran, polices installées, fuseau horaire, version du système, carte graphique, capacités audio, extensions activées : pris isolément, aucun de ces éléments ne dit qui vous êtes. Assemblés, ils composent une combinaison suffisamment rare pour vous reconnaître d'un site à l'autre, sans cookie et sans connexion.
Glassbox exécute la panoplie complète des techniques croisées sur le web moderne et affiche les données brutes, sans filtre, accompagnées d'une estimation de votre identifiabilité. L'outil tourne entièrement dans le navigateur et n'envoie rien vers l'extérieur, à l'exception d'un appel à une interface de géolocalisation publique. Le testeur du média britannique The Register a obtenu 99 % sur sa session Chrome de travail, 89 % sur Firefox et 56 % sur le navigateur Tor avec un circuit actif. Traduit en clair : sa configuration Chrome serait unique parmi 7,6 milliards de navigateurs, son adresse IPv6 affinant encore le tir. Son développeur, David Dale, prend d'ailleurs soin de préciser sur Hacker News que ce pourcentage constitue un modèle honnête, pas une mesure de laboratoire.
Le réflexe naturel consiste à empiler les protections, et c'est précisément là que le raisonnement déraille. Un navigateur bardé d'extensions exotiques, de valeurs falsifiées et de réglages rares finit par présenter un profil que personne d'autre au monde ne partage, ce qui le rend plus repérable qu'une installation standard. Les traqueurs recoupent les signaux entre eux : quand la chaîne d'identification annonce Windows pendant que le rendu graphique désigne une puce Apple, l'incohérence devient elle-même une signature (le fameux déguisement qui attire l'œil). L'objectif à viser tient dans la banalité. Des navigateurs comme Tor ou Firefox en mode résistance alignent tous leurs utilisateurs sur les mêmes valeurs, tandis que Brave et ses protections renforcées font varier l'empreinte à chaque session.
Côté français, ce sujet n'a rien d'une nouveauté pour la recherche publique. Le site AmIUnique.org, hébergé par l'Inria, collecte des empreintes depuis 2014 et en a rassemblé plus de deux millions, un travail qui a inspiré certaines protections de Brave. Les chercheurs de l'institut estiment que la combinaison des cookies, des adresses IP et des empreintes permet d'identifier 98 % des internautes. La CNIL, de son côté, considère le fingerprinting comme un traceur soumis au consentement préalable au titre de l'article 82 de la loi Informatique et Libertés, au même titre qu'un cookie publicitaire. Sur le terrain, la pratique s'est pourtant banalisée, Google ayant autorisé ses annonceurs à y recourir depuis février 2025 après l'avoir interdite pendant six ans.
Tester son navigateur ne prend qu'une poignée de secondes et permet au moins de savoir à quoi ressemble sa propre silhouette numérique. Autant le dire clairement : le score obtenu ne vous protégera de rien, mais il a le mérite de transformer une menace abstraite en un pourcentage qu'on n'oublie pas.