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12,9 milliards de dollars : Nvidia s'offrirait Hugging Face, vitrine de l'IA ouverte
La rumeur enfle outre-Atlantique : NVIDIA serait sur le point d'avaler Hugging Face, la plateforme de référence de l'IA ouverte fondée par trois Français, pour 12,9 milliards de dollars. Ni l'un ni l'autre ne confirme.
L'information a fait le tour de la Silicon Valley mercredi soir. Selon The Information, NVIDIA aurait conclu un accord pour racheter Hugging Face sur la base de 12,9 milliards de dollars. Business Insider tempère aussitôt : rien ne serait signé et les discussions pourraient encore capoter. Les deux entreprises, elles, cultivent un silence remarqué, alors que NVIDIA a l'habitude de démentir vite les informations qu'il juge inexactes.
Fondée en 2016 à New York par Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf, Hugging Face s'est imposée comme le dépôt central des modèles ouverts. Ce rôle lui vaut le surnom de « GitHub de l'IA ». Les Français d'Hugging Face hébergent aussi bien les modèles de Google que ceux de Meta, de Mistral AI ou d'OpenAI. Son patron résumait cette position de place neutre par l'image de la « Suisse de l'IA ».
La table de capitalisation raconte d'ailleurs cette neutralité. Sa levée de 235 millions de dollars en août 2023, sur une valorisation de 4,5 milliards, avait réuni Google, Amazon, NVIDIA, Intel, AMD, Qualcomm et IBM au capital. À peu près tous les rivaux du secteur autour de la même table, donc. En janvier dernier, le Financial Times révélait qu'elle avait décliné un investissement de 500 millions de dollars de NVIDIA, sur une valorisation de 7 milliards. Les 12,9 milliards évoqués aujourd'hui représenteraient donc un quasi-triplement en trois ans, au moment où NVIDIA sort d'un trimestre record.
Un rachat de cette nature poserait une question immédiate : que devient une place neutre quand elle passe sous le contrôle du fournisseur dominant du matériel ? L'affaire ressemblerait au premier marchand de papier du pays qui rachète la bibliothèque municipale. Les livres restent en rayon, mais chacun scruterait désormais les conditions de prêt.
NVIDIA a d'ailleurs déjà vécu ce scénario : en septembre 2020, le groupe annonçait le rachat d'ARM à SoftBank pour 40 milliards de dollars, une opération visant une autre infrastructure dont dépendait toute l'industrie. Microsoft, Google et Qualcomm s'y étaient frontalement opposés, redoutant un verrouillage des licences. Après les poursuites de la FTC et une enquête de la Commission européenne, le projet a été définitivement abandonné en février 2022. L'aventure aura tout de même laissé 1,25 milliard de dollars d'indemnité dans les poches de SoftBank. Un scénario équivalent se profilerait ici, à ceci près que la pression réglementaire sur l'IA a encore monté d'un cran depuis.
Le calendrier ajoute une couche d'ironie involontaire, puisque l'été de Hugging Face avait déjà été marqué par le piratage de ses serveurs par des modèles d'OpenAI, un dossier sans lien établi avec la transaction. Pour les développeurs français, nombreux à avoir fait de la plateforme leur infrastructure par défaut, l'enjeu tient en une question de confiance. Les millions de modèles, jeux de données et démos resteront-ils accessibles aux mêmes conditions ?
Si l'accord se matérialise, chaque changement de règle sera guetté de près. Les régulateurs, eux, ont déjà le dossier ARM dans leurs archives.