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Et si Google n’était plus intouchable face à ChatGPT et l’IA ?
Alphabet a affiché 109,9 milliards de dollars (environ 101 milliards d’euros) de chiffre d’affaires au premier trimestre 2026, en hausse de 22 % sur un an. Google détient encore 90 % des requêtes mondiales. Pourtant, deux de ses chercheurs les plus reconnus viennent de rejoindre des concurrents, et sa part de marché recule au rythme le plus rapide de son histoire.
Google Search et les revenus publicitaires associés ont atteint 60,4 milliards de dollars au premier trimestre 2026, en progression de 19 %, et le nombre de requêtes quotidiennes sur le moteur n’a jamais été aussi élevé. Alphabet enchaîne son onzième trimestre consécutif de croissance à deux chiffres. Ces résultats rassurent les actionnaires sur le court terme. En revanche, la semaine précédant leur publication, l’action Alphabet avait cédé environ 7 % en une seule séance, une chute qui a effacé quelque 230 milliards d’euros de capitalisation boursière. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, à Mountain View, mais quoi ?
Premier indice, Noam Shazeer, vice-président de l'ingénierie et co-auteur en 2017 de l’article « Attention Is All You Need », texte fondateur de l’architecture Transformer sur laquelle reposent aujourd’hui la quasi-totalité des grands modèles de langage, a rejoint OpenAI. Quelques jours plus tard, même trajectoire pour John Jumper, prix Nobel de chimie et vice-président chez Google DeepMind, auteur d’AlphaFold 2. Sa destination : Anthropic. Pour les marchés, ces annonces successives ont pesé sur la valorisation d’Alphabet au moment même où paraissaient ses meilleurs résultats depuis 2022.
En mai, ChatGPT a franchi le seuil d’un milliard d’utilisateurs actifs mensuels, selon des estimations de Sensor Tower rapportées par Reuters, milestone que Bing atteignait lui aussi pour la première fois. Sur iOS, une hausse d’installations de près de 70 % chez DuckDuckGo a suivi l’annonce du Google I/O de mai. De 92,9 % en 2023, la part de marché mondiale du moteur Google a glissé à environ 89,6 %, repli le plus rapide de son histoire.
Deuxième piste, les AI Overviews. Présents dans environ la moitié des requêtes Google, ces résumés générés par IA affichés en tête de page, font reculer les taux de clics organiques de 34,5 % en moyenne selon plusieurs études. Qu’Alphabet affirme une monétisation équivalente à celle de la recherche traditionnelle n’empêche pas un constat : les revenus publicitaires du réseau, ceux qui dépendent du trafic envoyé vers des éditeurs extérieurs, ont reculé de 4 % au cours du même trimestre. En clair, les meilleurs résultats d’Alphabet depuis 2022 coexistent avec un recul des revenus du réseau de distribution qui les a historiquement portés.
Enfin et pour ne rien arranger, Mountain View traîne des casseroles juridiques. En septembre 2025, un tribunal fédéral américain a condamné Google pour monopole illégal sur la recherche en ligne. Le juge Amit Mehta a interdit les contrats d’exclusivité et contraint le groupe à partager ses données d’index avec des concurrents qualifiés. Chrome et Android restent dans le giron d’Alphabet, mais les deux parties ont fait appel. Entre 14 et 23 milliards d’euros de revenus publicitaires annuels à risque sur trois ans : c’est ce qu’estiment des analystes de Morgan Stanley si les seuls écrans de choix imposés aux utilisateurs entrent en vigueur. Les audiences sont attendues fin 2026 ou début 2027.
En France, Google détient 86,81 % des parts de marché tous supports confondus et 94 % sur mobile, sans avoir encore déployé sa réponse IA à ChatGPT Search, puisque les AI Overviews restent bloquées par le contentieux autour des droits voisins de la presse.