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Apple Pay menacé en France ? Crédit Agricole lance sa propre solution sur iPhone
Le Crédit Agricole devient la première banque française à lancer une application de paiement sans contact indépendante d’Apple Pay sur iPhone. Une alternative rendue possible par l’ouverture de la puce NFC imposée à Apple par l’Europe.
Depuis l’ouverture de la puce NFC de l’iPhone aux développeurs tiers en Europe, la question n’était plus de savoir si une banque française oserait s’affranchir d’Apple Pay, mais laquelle le ferait en premier. C’est désormais chose faite : le Crédit Agricole vient de lancer sur iOS une application baptisée Paiement Mobile, présentée comme une alternative hexagonale pour les règlements en magasin. Un lancement discret, sans annonce officielle comme l'indiquent nos confrères de MacGénération, qui soulève autant de questions qu’il apporte de réponses sur l’avenir du paiement mobile en France.
Concrètement, Paiement Mobile permet d’enregistrer une ou plusieurs cartes bancaires et de régler ses achats en NFC depuis son iPhone, sans passer par l’application Cartes ni par Apple Pay. Les données ne sont pas stockées dans Apple Cartes, mais directement dans l'application du Crédit Agricole. Pour payer, il faut ouvrir Paiement Mobile plutôt que de recourir au double clic habituel sur le bouton latéral.
Il est cependant possible de définir l'application comme solution de paiement sans contact par défaut dans iOS, via Réglages > Paiement et sans contact. Dans ce cas, le double clic sur le bouton latéral ouvre Paiement Mobile à la place de Wallet. L'application propose également un mode de démonstration pour simuler un paiement et se familiariser avec son fonctionnement avant de passer aux transactions réelles.
Cette émancipation n’est pas anodine sur le plan économique : elle permettrait au Crédit Agricole de s’affranchir des commissions prélevées par Apple sur chaque transaction réalisée via Apple Pay, une redevance qui agace depuis longtemps les établissements bancaires européens. Des banques allemandes avaient déjà franchi le pas, mais aucune française ne s’était encore lancée.
L’ouverture de la NFC par Apple, concédée sous pression de la Commission européenne pour mettre fin à une enquête sur des pratiques anticoncurrentielles potentielles, reste néanmoins très encadrée. Les banques peuvent accéder gratuitement à la puce NFC de l’iPhone, mais uniquement via le mode HCE, ou Host Card Emulation, une technologie qui émule la carte bancaire de manière logicielle. Ce procédé ne bénéficie pas du même niveau d’intégration que le Secure Element, la puce de sécurité matérielle réservée exclusivement à Apple Pay et présente dans les iPhone.
Conséquence directe : l’expérience pourrait être moins fluide qu’avec Apple Pay, notamment en termes de rapidité d’authentification et de nombre de transactions réalisables hors ligne. La Banque centrale européenne avait d’ailleurs exprimé ces mêmes réserves dans le cadre des discussions autour de l’euro numérique. Autre limitation notable : l’ouverture de la NFC ne s’étend pas à l’Apple Watch, qui reste cantonnée à Apple Pay.
Le Crédit Agricole n’a pour l’heure publié aucune communication officielle sur ce lancement. L’établissement n'a pas encore précisé s’il entend maintenir Apple Pay en parallèle ou encourager progressivement sa clientèle à migrer vers sa propre solution. Si la banque choisit cette voie, c’est un pari risqué tant les utilisateurs Apple sont attachés à Apple Pay, qui a pris en quelques années une place importante dans les habitudes d’achat des consommateurs. Aujourd’hui, 13 % des achats sont payés via un smartphone et Apple Pay est l’acteur le mieux implanté en France, avec 99 % des banques compatibles.
L’ouverture à la concurrence a du bon, mais une chose est certaine : pour les utilisateurs qui détiennent des cartes émises par plusieurs banques différentes, jongler entre différentes applications pourrait rapidement s’avérer moins pratique que le système actuel. C'est un obstacle de taille que devra franchir le Crédit Agricole.