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BTP : face aux canicules, les chantiers français contraints de s’adapter
Fin mai, le thermomètre a frôlé les 40 °C en France, confirmant l’urgence climatique après les étés étouffants de 2023 et 2025. Pour le secteur du BTP, la chaleur ne peut plus être gérée au coup par coup. Vinci, Bouygues, Eiffage… entre nouvelles obligations légales et retours d’expérience de chantiers internationaux, toute la filière accélère son adaptation.
Des pointes à 39 °C relevées fin mai, treize départements placés en vigilance orange et un indicateur national thermique proche de 25 °C : la vague de chaleur qui vient de traverser la France est déjà éclipsée par l'annonce d'une nouvelle séquence caniculaire.
En première ligne, les ouvriers du bâtiment et des travaux publics paient un lourd tribut. Travailler sur un toit en zinc ou manipuler des enrobés routiers dans ces conditions est désormais un facteur de risque majeur. En 2023, Santé publique France recensait onze accidents du travail mortels liés à la chaleur, dont près de la moitié dans la construction. Ces bilans officiels ne rendent toutefois compte qu'imparfaitement de l'impact à long terme et des conséquences indirectes d'expositions répétées à de telles températures.
Cette configuration de travail sous contrainte thermique extrême, les entreprises françaises la connaissent déjà à l'étranger. Vinci a notamment œuvré au Qatar via sa filiale locale, QDVC, sur des chantiers d'infrastructures majeurs comme la ligne rouge du métro de Doha ou l'extension d'une autoroute. Conclus avant l'obtention de la Coupe du monde 2022, ces projets ont servi de terrain d'expérimentation pour des protocoles adaptés. Sur place, la gestion du risque repose sur la mesure systématique de la température ressentie via l'indice composite WBGT (indice de température au thermomètre-globe mouillé, en anglais wet-bulb globe temperature), qui intègre la chaleur, l'humidité et le rayonnement solaire sur l'Homme. Dès que cet indice dépasse 32,1 °C, les chantiers doivent s'arrêter. En complément, tout travail sous le soleil direct est interdit entre 10 h et 15 h 30 du 1er juin au 15 septembre.
Ce suivi médical et ces mesures de sécurité, alors inédits pour les travailleurs dans ce pays, ont permis d'afficher un taux de fréquence d'accidents relativement bas, avec en moyenne un accident avec arrêt de travail toutes les 2 millions d'heures travaillées entre 2009 et 2021. Vinci n'est pas seul à opérer dans ces environnements : Bouygues sur des chantiers rocheux en Arabie saoudite, Eiffage au Koweït ou encore NGE sur le rail égyptien font face à la même nécessité d'organiser le travail de milliers d'ouvriers là où l'après-midi devient parfois une impossibilité physique.
Les épisodes de canicule mettent les ouvriers du bâtiment et des travaux publics à rude épreuve. © Boonterm, Adobe Stock
Cette contrainte n'est plus l'apanage du Golfe. La France enregistre désormais en moyenne douze jours de canicule par an, contre seulement trois dans les années 1980, et cette fréquence devrait encore augmenter. Le pic historique de mai 2026, avec des températures grimpant jusqu'à 15 °C au-dessus des normales de saison, rappelle que le risque thermique est devenu une réalité dès le printemps. Signe d'une répétition qui s'installe durablement, une nouvelle vague de chaleur précoce est annoncée pour juin.
Le législateur est donc intervenu. Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, entré en vigueur le 1er juillet 2025, est venu compléter le Code du travail en fixant un cadre réglementaire plus précis.
Les entreprises ont désormais l'obligation d'activer et d'adapter les mesures de prévention consignées dans leur Document unique (DUER/DUERP) en fonction des seuils de vigilance jaune, orange ou rouge de Météo-France. Dès qu'un épisode de chaleur intense est déclenché, l'employeur doit mettre en place des actions minimales pour adapter l'organisation du travail : aménagement des horaires, mise à disposition d'espaces ombragés ou rafraîchis à proximité des postes, et réduction ou report des tâches physiques les plus p