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Après un premier échec, cette fusée européenne réussit enfin à atteindre l'orbite
La fusée Spectrum, construite par l’entreprise allemande Isar Aerospace, a rejoint l’orbite terrestre hier depuis la Norvège et a déployé plusieurs satellites. Ce deuxième vol de l’engin, après un échec en 2025, est la première mise en orbite réalisée par une entreprise privée depuis l’Europe continentale.
Décollée à 22h12 hier du complexe de lancement dédié d’Isar Aerospace à Andøya Space, dans le nord de la Norvège, la fusée Spectrum a dépassé son point de pression maximale, coupé son moteur principal puis largué son premier étage, comme prévu au bout de quelques minutes. Le deuxième étage a pris le relais et l’engin a franchi la ligne de Karman, à 100 kilomètres d’altitude, frontière conventionnelle de l’espace. Comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessous, il a ensuite largué sa coiffe, gagné la vitesse orbitale et achevé une manœuvre de circularisation avant de séparer ses charges utiles.
Ces dernières proviennent d’un concours de microlanceurs organisé par l’agence spatiale allemande DLR et financé par le programme Boost! De l'Agence spatiale européenne, ouvert aux écoles d’ingénieurs et aux jeunes entreprises. Isar Aerospace travaille désormais avec ses clients pour confirmer l’état de chaque satellite.
On vous en avait parlé en mars, une première fusée Spectrum avait perdu sa stabilité quelques secondes après son décollage depuis Andøya, avant de basculer et de retomber dans la mer, sans faire de victime.
Après cet échec, Isar Aerospace avait reporté à plusieurs reprises ce deuxième essai, d’abord prévu le 21 janvier, pour des raisons techniques et de sécurité, avant de se relever avec ce décollage réussi du 5 septembre. Neuf jours plus tôt, l’Agence spatiale européenne avait signé avec Isar Aerospace un contrat de 197,8 millions d’euros, dans le cadre de l’European Launcher Challenge.
Ce programme est doté au total de plus de 540 millions d’euros. Il finance aussi l’allemand Rocket Factory Augsburg à hauteur de 186,9 millions d’euros et l’espagnol PLD Space pour 158,9 millions d'euros, et la française MaiaSpace doit prochainement le rejoindre avec un quatrième dossier. L'agence ne débloque les fonds qu’au fil des jalons techniques franchis par chaque entreprise, car elle veut sécuriser son investissement tout en accélérant les calendriers industriels. Le versement de la première tranche était soumis à une réussite orbitale attendue avant fin 2027. Isar Aerospace a rempli cette condition avec plus d’un an d’avance.
En juin, le chancelier allemand Friedrich Merz avait affirmé attendre ce lancement avec impatience, avant de se réjouir des débuts prochains de deux autres sociétés spatiales privées en Allemagne. Avant ce succès, relève notre confrère Le Monde, Donald Trump avait ébranlé la confiance de plusieurs pays européens, inquiets de leur dépendance à Washington pour l’accès à l’espace.
En cette fin de printemps, Isar Aerospace avait bouclé un tour de table de série D de 270 millions d’euros. Les nouveaux investisseurs Island Green Capital et Molten Ventures avaient rejoint cette opération, aux côtés des habitués HV Capital, Lakestar, UVC Partners et de la banque publique allemande KfW Capital. « Nous allons maintenant nous concentrer sur l'augmentation rapide de la production de lanceurs, honorer nos commandes et répondre à la demande mondiale croissante », a déclaré Daniel Metzler, P-. D. G et cofondateur d’Isar Aerospace.
Les lanceurs Spectrum numérotés de 3 à 7 sont déjà en fabrication, et Isar Aerospace doit porter sa capacité à 40 exemplaires par an dans une nouvelle usine de 40 000 mètres carrés, où l’entreprise combine intégration verticale et automatisation poussée.
L’entreprise construit par ailleurs un second site de lancement en Nouvelle-Écosse, au Canada, en complément de la base norvégienne d’Andøya. Ces nouvelles installations doivent couvrir les orbites à inclinaison moyenne à élevée. Ces orbites servent à l’observation de la Terre et aux télécommunications.