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Informatique quantique : Microsoft accusé d'avoir exagéré un an après ses grandes annonces
Un an après l’annonce fracassante du processeur Majorana 1, un physicien de l’université de St Andrews publie dans Nature une critique en règle des travaux de Microsoft sur l’informatique quantique. La validité même des quasi-particules au cœur de l’approche de la firme est remise en question.
Il y a un an, Microsoft annonçait une percée historique dans l’informatique quantique avec sa puce Majorana 1, promettant des « briques fondamentales » pour un futur ordinateur quantique évolutif. Sauf que la réalité scientifique, elle, ne se plie pas aux calendriers des relations presse. Un article publié cette semaine dans Nature par le Dr Henry Legg, physicien à l’université de St Andrews, remet frontalement en cause ces conclusions : selon lui, Microsoft n’a pas apporté la preuve qu’un qubit topologique fonctionnel a bien été créé. Ce n’est pas la première fois que Microsoft se retrouve au cœur d’une controverse scientifique, mais la publication dans une revue aussi prestigieuse donne à cette critique un poids particulier.
L’approche de Microsoft est singulière dans le secteur. Là où Google et IBM misent sur des qubits supraconducteurs déjà opérationnels, la firme de Redmond a parié depuis plus de vingt ans sur une théorie physique vieille de neuf décennies : les particules de Majorana. Concrètement, il s’agit d’un nanofil en arséniure d’indium couplé à un supraconducteur, dans lequel les électrons adopteraient un comportement collectif particulier. Microsoft veut encoder l’information dans les propriétés de cette quasi-particule, ce qui rendrait théoriquement ses qubits bien plus stables que ceux de ses concurrents.
Le problème, c’est que cette quasi-particule n’a jamais été observée de manière incontestable. Le Dr Legg pointe deux failles majeures dans les travaux de 2025 : un outil logiciel utilisé par Microsoft pour vérifier ses mesures contiendrait des erreurs de codage, et les données brutes ne seraient pas suffisamment partagées pour permettre une vérification indépendante. Sa formule est cinglante : « Microsoft affirmait avoir construit l'équivalent d'une montre suisse de précision. Quand j'ai ouvert le boîtier, j'ai trouvé un assemblage chaotique de pièces disparates. »
La réponse de Microsoft est prévisible dans sa forme, moins dans son fond. L’entreprise affirme que le logiciel incriminé n’a pas servi à « interpréter » les mesures ayant conduit à ses conclusions, et que sa réfutation détaillée a été acceptée et publiée par Nature elle-même, ce qui n’est pas rien. Le Dr Chetan Nayak, vice-président en charge du matériel quantique, résume la position de la firme : « Le succès, c'est la livraison d'un ordinateur quantique évolutif. » Quant aux données jugées trop sensibles pour une publication large, Microsoft indique les partager avec la DARPA pour un arbitrage indépendant.
Le pivot stratégique de Microsoft vers les technologies de rupture s’accompagne d’une communication très offensive, parfois en avance sur ce que la science peut réellement valider. Ce n’est d’ailleurs pas un précédent isolé : en 2021, un article d’un laboratoire financé par Microsoft affirmant avoir détecté la particule de Majorana avait été rétracté. En 2025, les éditeurs de Nature avaient ajouté une note à un autre article de la firme, précisant que ses résultats « ne représentent pas une preuve de la présence de modes zéro de Majorana ». Depuis, Microsoft a annoncé une puce Majorana 2, présentée comme mille fois plus fiable que la première.
L’informatique quantique reste un secteur où les annonces précèdent régulièrement les preuves, et Microsoft n’est pas le seul acteur à jouer sur cette ambiguïté. Mais la répétition des remises en cause, dans une revue aussi sérieuse que Nature, pose une question que la firme ne peut pas indéfiniment esquiver : à quel moment la communauté scientifique, et les investisseurs, exigeront-ils des données ouvertes plutôt que des communiqués ?