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Actualité : “Un conte de fée” : Microsoft est accusé d'avoir bâti son ordinateur quantique sur du vent
Vingt ans de recherche, des milliards investis, deux articles déjà rétractés. Et maintenant, une critique publiée dans la plus prestigieuse revue scientifique au monde affirme que les données de Microsoft ressemblent à du bruit statistique. Toute la feuille de route quantique du groupe, y compris la promesse d'un ordinateur opérationnel en 2029, repose sur une particule que personne en dehors de ses laboratoires n'a pu confirmer.
© Microsoft - Le processeur Majorana 1 de Microsoft, conçu pour accueillir à terme un million de qubits topologiques. La critique publiée dans Nature le 24 juin 2026 remet en cause les fondations scientifiques sur lesquelles repose cette puce.
Google, IBM et leurs concurrents construisent des ordinateurs quantiques avec des technologies qui fonctionnent déjà, même imparfaitement. Microsoft a fait un autre choix, il y a vingt ans : tout miser sur une particule théorisée en 1937 par le physicien italien Ettore Majorana, jamais observée en dehors de ses propres laboratoires.
Si cette particule existe et se comporte comme prévu, Microsoft aura l'ordinateur quantique le plus puissant et le plus stable du marché. Si elle n'existe pas, vingt ans de recherche et des milliards de dollars reposent sur rien.
En février 2025, Microsoft publiait dans Nature un article signé par plus de 160 chercheurs d'Azure Quantum, décrivant une mesure interférométrique de la parité des fermions dans des dispositifs hybrides InAs-Al, la brique de base de son processeur Majorana 1. L'article ne prétendait pas avoir prouvé l'existence des Majoranas, mais affirmait avoir développé un protocole logiciel (le Topological Gap Protocol) capable de détecter un micro-écart énergétique dans des nanofils supraconducteurs, un marqueur indirect de la phase topologique recherchée.
C'est ce protocole que Henry Legg attaque frontalement dans sa critique peer-reviewed publiée le 24 juin dans Nature. Son analyse des données brutes, omises de la publication originale, conclut que les résultats du logiciel de Microsoft ressemblent davantage à du bruit statistique qu'à une signature topologique réelle.
Quand on cherche des motifs dans ce qui est essentiellement de la physique aléatoire, on finit toujours par voir le visage de Jésus dans son toast.
Legg identifie aussi des erreurs de programmation Python dans le logiciel d'analyse : un filtre codé en dur qui masquait des résultats alternatifs, et une inversion de tableau qui ignorait les valeurs physiques réelles au profit de positions d'index. Les éditeurs de Nature avaient d'ailleurs ajouté une note éditoriale à l'article original, précisant que "les résultats de ce manuscrit ne constituent pas une preuve de la présence de modes zéro de Majorana dans les dispositifs étudiés".
Le contexte amplifie la gravité de la critique. Microsoft a déjà dû rétracter deux articles dans Nature sur le même sujet : en 2018, une équipe soutenue par l'entreprise affirmait avoir observé des Majoranas dans des nanofils supraconducteurs.
L'article a été rétracté en 2021 après que d'autres scientifiques ont identifié des erreurs dans l'analyse des données. Les auteurs avaient présenté leurs excuses pour "rigueur scientifique insuffisante". Une rétraction peut être un accident mais, deux commencent à dessiner un problème systémique dans la validation interne des résultats.