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35 millions de Linky espionnés ? La vérité sur le décret qui affole le Web
Tout part d’un texte bien réel : le décret 2026-339 du 30 avril 2026, publié au Journal officiel le 5 mai. Sur les réseaux sociaux, il est vite devenu la « preuve » qu’Enedis allait aspirer la consommation détaillée de 35 millions de foyers.
C’est ce glissement qu’un fact-check de l’AFP a corrigé début septembre : le décret encadre en réalité une expérimentation d’EDF sur un échantillon de quelques milliers d’abonnés. La Commission de régulation de l’énergie a d’ailleurs confirmé à l’AFP qu’aucun texte n’autorise la récupération des données de l’ensemble des foyers équipés.
Dans le détail, le texte autorise EDF à tester de nouvelles grilles tarifaires modulables auprès de 6 600 foyers, comme l’a rapporté Connaissance des Énergies.
L’idée : envoyer des « signaux tarifaires », c’est-à-dire des variations de prix selon l’heure, pour voir si les ménages décalent leurs usages vers les moments où le réseau est moins tendu. Pour mesurer l’effet, Enedis relève la courbe de charge des participants, leur consommation au pas de trente minutes, puis la transmet à EDF.
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Les foyers sont tirés au sort parmi les abonnés à l’option Base du tarif réglementé, prévenus au moins quatre mois à l’avance, avec trois mois pour refuser. Leur facture ne pourra pas dépasser ce qu’ils auraient payé sur leur offre habituelle, et l’expérimentation court du 1er octobre 2026 au 1er octobre 2027. Bref, on est loin du grand aspirateur à données.
La vraie question est ailleurs : que remonte Linky sans qu’on lève le petit doigt ? Il faut distinguer trois niveaux, bien décrits par l’Institut national de la consommation.
Le premier est actif par défaut : chaque nuit, le compteur transmet à Enedis l’index quotidien de consommation et la puissance maximale atteinte dans la journée, avec un historique conservé jusqu’à 36 mois, de quoi ajuster sa puissance souscrite et envoyer les données au fournisseur d’énergie pour la facturation.
Le deuxième, c’est la fameuse courbe de charge au pas de trente minutes : elle ne remonte vers Enedis que si l’abonné l’active, et ce consentement explicite reste la règle pour les quelque 35 millions de foyers équipés. Le décret n’y touche pas.
Le troisième niveau est plus méconnu : depuis le 1er juillet 2018, le compteur enregistre cette courbe fine en local, dans le boîtier, avec environ cinq mois de mémoire ; pour un appareil posé avant cette date, cet historique local est tout simplement inexistant.