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iPhone Duo : Apple a mis dix-neuf ans à donner tort à Steve Jobs
En rendant son premier pliable compatible avec l’Apple Pencil, Apple contredit frontalement le discours fondateur de l’iPhone. La marque ne renie pas qu’une punchline de 2007, elle valide un usage que son principal concurrent venait tout juste d’abandonner.
Apple a présenté le 9 septembre son premier smartphone pliable, l’iPhone Duo, attendu le 23 octobre à partir de 2 339 euros. Entre les dalles Super Retina XDR de 7,6 et 5,4 pouces, la puce A20 Pro et la charnière en métal liquide, une ligne du communiqué officiel a fait tousser les fidèles de la marque : l’appareil acceptera l’Apple Pencil, et ce sur ses deux écrans. Il aura fallu dix-neuf ans pour en arriver là.
Macworld 2007. Steve Jobs présente l’iPhone devant une salle extatique et balaye d’un revers de main les téléphones de l’époque et leurs accessoires : « Beurk ! Qui a envie d'un stylet ? Il faut le sortir, le ranger, et on finit toujours par le perdre. Personne ne veut d'un stylet ! » Le meilleur dispositif de pointage du monde, expliquait-il alors, nous l’avons déjà au bout de la main. Dix doigts, aucune pièce à égarer.
La saillie n’avait rien d’improvisé. Elle réglait ses comptes avec le Newton, cet assistant numérique à stylet qu’Apple avait lancé en 1993 et que Jobs a enterré en 1998, quelques mois après son retour aux commandes. Le doigt n’était pas une préférence ergonomique, c’était une conviction, presque une doctrine, du fondateur de la marque.
Le premier accroc date de 2015, avec un Apple Pencil pensé pour l’iPad Pro, soit quatre ans après la disparition de son fondateur. L’iPhone, lui, restait sanctuaire. Le Duo fait tomber cette dernière frontière, et il le fait sans demi-mesure, puisque le stylet fonctionne aussi bien sur l’écran de couverture que sur la dalle intérieure. Samsung, pendant ce temps, avait retiré la compatibilité S Pen de ses Galaxy Z Fold 7 et 8 pour préserver leurs écrans.
La trahison mérite pourtant d’être relativisée, et pour une raison simple : rien n’oblige à sortir le crayon. Ce que moquait Jobs, c’était le stylet obligatoire, la béquille d’interfaces mal fichues qui exigeaient un bout de plastique pour viser une case de trois millimètres. Apple parle ici de prendre des notes, de croquer une idée ou d’annoter un document. La navigation, elle, reste au doigt.
Le revirement relève d’ailleurs de la tradition maison. En 2010, Jobs jugeait les tablettes de 7 pouces « mortes à l'arrivée » : l’iPad mini est sorti deux ans plus tard. Il assurait en 2007 que les applications web suffiraient : l’App Store ouvrait dix-huit mois après. L’homme changeait d’avis aussi vite qu’il tranchait, et c’est plutôt à mettre à son crédit. Tim Cook, et John Ternus aujourd’hui, semblent aussi avoir à cœur de faire évoluer Apple avec son époque, quitte à contredire les positions tranchées de leur prédécesseur.
La véritable réserve est ailleurs, et elle est technique. Seule la version USB-C du crayon est prise en charge, faute de surface magnétique pour accueillir le Pencil Pro. Exit la sensibilité à la pression, le double tap et les retours haptiques : il ne subsiste que la détection d’inclinaison. Et la fonction ne sera pas active à la sortie, mais « plus tard cette année ».