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« Le smartphone va disparaître » : ce que cette théorie dit vraiment, et ce qu’elle ne dit pas
Tout part d’un fil publié et d’un article Frandroid, dans la foulée de la keynote Apple. J’y expliquais que le smartphone pliable n’a jamais dépassé 2 % du marché en sept ans, et que l’iPhone Duo arrive au moment où une partie de l’industrie tech annonce que l’écran, et peut-être le smartphone lui-même, pourrait cesser d’être au centre de nos usages.
Cette dernière phrase a fait réagir bien plus que le reste. Certains y ont lu une prophétie, d’autres une provocation, beaucoup m’ont demandé d’où ça sortait. La réponse : de l’industrie.
Depuis une dizaine d’années, une thèse circule chez les constructeurs, les analystes et les fondateurs de la Silicon Valley, selon laquelle le smartphone ne sera pas éternel comme interface principale. Elle a longtemps ressemblé à un vœu pieux de gens qui n’en vendaient pas. Depuis deux ans, avec l’IA générative d’un côté et les lunettes connectées de l’autre, elle a des chiffres, des produits et des morts.
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Commençons par le geste. Pour faire à peu près n’importe quoi de numérique aujourd’hui, on suit le même chemin : on sort le smartphone, on le déverrouille, on cherche l’icône, on ouvre l’app, on trouve la bonne fonction, on tape, on lit le résultat. Cinq à sept étapes pour réserver un train, répondre à un message ou savoir dans combien de temps on arrive. On ne s’en rend plus compte parce qu’on le fait deux cents fois par jour, et parce que c’est infiniment mieux que ce qu’on avait avant. Mais ce chemin n’existe que pour une raison : la machine ne comprend pas ce qu’on veut, donc il faut lui parler dans sa langue, celle des menus et des boutons, et il faut un écran de six pouces pour afficher ces menus.
La théorie tient là. Si la machine finit par comprendre une demande formulée normalement, « réserve-moi un train pour Paris demain matin », « réponds-lui que je serai en retard », « rappelle-moi ce que Lola m’a dit sur le devis », alors on n’a plus besoin de savoir quelle application fait quoi, ni de la trouver, ni de naviguer dedans. On formule une intention, la machine se débrouille avec les services derrière. Et si l’interface devient une conversation, l’écran perd une partie de sa raison d’être. Pas toute, on y revient. Une partie. Celle qui consiste à afficher des grilles d’icônes et des formulaires pour qu’un humain les manipule au pouce.
Cette idée est plus vieille que les LLM. Google Glass l’a formulée en 2013, avec un prisme devant l’œil et une commande vocale, et a échoué sur le prix, l’autonomie, l’allure et la caméra que personne ne voulait voir braquée sur soi au restaurant. Les assistants vocaux, Siri en 2011, Alexa en 2014, en étaient une autre version : parler à la maison au lieu de toucher un écran. Ils ont échoué sur la compréhension, ils exécutaient des commandes, pas des intentions.
Les montres connectées ont pris une partie du travail, les notifications, le paiement, la santé, sans jamais menacer le smartphone.
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L’informatique ambiante, cette idée que l’ordinateur se fond dans l’environnement, date des années 1990 chez Xerox. La thèse n’est donc pas neuve. Ce qui est neuf, c’est qu’on dispose enfin d’un composant qui comprend une phrase et sait enchaîner plusieurs actions dans plusieurs services. C’est exactement la pièce qui manquait à tout ce qui précède.