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"Le contrôle a complètement dégénéré" : les "dérapages" d'agents municipaux de Villeneuve-Saint-Georges examinés par la justice
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À Villeneuve-Saint-Georges, dans le Val-de-Marne, la justice examine les méthodes de certains policiers municipaux. Sept agents sont poursuivis pour violences aggravées. En un an, les effectifs sont passés de quatre à dix-huit, avec la volonté d’occuper davantage le terrain. Comment cette brigade en est-elle arrivée là ?
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Johny Venon n'a pas oublié cette journée. Le 26 mars 2026, alors qu'il rentre du travail à scooter, il affirme qu'une voiture de la police municipale de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), en banlieue parisienne, essaye de le percuter. Quatre agents l'arrêtent et le contrôlent. "Le contrôle, il a complètement dégénéré. Il y en a un qui m'a attrapé directement par le poignet et il me fait des grosses pressions avec son pouce sur les veines. Ils m'ont attrapé, m'ont collé contre le mur, menottes comme si j'étais un grand délinquant… Il me rabaissait en me disant que j'avais une tête à claques, qu'il avait envie de me frapper. Je suis désolé mais un agent de police, il n'a pas à dire ça. Là, c'est allé trop loin", témoigne-t-il.
Face aux enquêteurs, les policiers municipaux donnent une autre version. Le conducteur aurait été agressif et son scooter pas assuré. Mais Johny Venon, lui, dépose plainte. Et il n'est pas le seul dans la ville à incriminer la police municipale. Son avocat, Me Arié Alimi, spécialisé dans les dossiers impliquant des forces de l'ordre, a recensé au moins six autres plaintes entre janvier et mars 2026. "Il y a des violences évidemment, il y a souvent des injures, il y a des interpellations abusives. Ce que ça révèle c'est que cette police municipale est totalement hors des clous", pointe le conseil.
En avril dernier, à la suite de ces plaintes, la police nationale lance un vaste coup de filet. "Affaire rarissime : 11 policiers municipaux de Villeneuve-Saint-Georges ont été interpellés et placés en garde à vue", annonçait alors Léa Salamé au "20 Heures" du 9 avril. Les agents de la brigade du soir auraient notamment fait une descente musclée dans un bar. "Ils m'ont tasé [les testicules]", racontait alors une victime présumée, qui se plaignait d'une "fracture" aux côtes et de "bleus à l'œil".
À l'issue de l'enquête, sept policiers municipaux sont mis en examen. Sept hommes, âgés de 30 à 60 ans, l'un est ancien militaire, tous faisaient partie de la brigade du soir. Ils seront jugés fin septembre pour violences aggravées, faux en écriture et vol. Lors de leurs investigations, les enquêteurs ont mis au jour des méthodes troublantes, notamment avec l'utilisation de la vidéosurveillance. Comme ce soir de février 2026, nous avons reconstitué la scène : alors que les agents se préparent à pénétrer dans un appartement du centre-ville, l'un des policiers contacte les opératrices des caméras. Il prononce ce mot : "Piscine". Quelques secondes plus tard, la caméra de surveillance pivote. L'intervention policière devient invisible. L'opératrice vidéo expliquera : "Dès qu'ils nous disent 'piscine', on sait qu'il faut qu'on tourne les caméras." Face aux enquêteurs, les policiers affirment ne pas connaître l'existence d'un code.
Au sein de cette police municipale, les agents communiquent via un groupe de discussion. Nous avons pu consulter certains messages à caractère raciste et misogyne. Exemple, lorsqu'un policier partage une vidéo de câbles enchevêtrés sous un bureau. Un autre commente : "Du travail d'arabe. Normal, c'est les gonzesses qui ont fait le boulot." Ses collègues réagissent, hilares. Lors d'un contrôle, un autre agent envoie un cliché d'une personne handicapée : "Éviction d'une mutante mendiante sur le marché." Réponse d'un policier : "Mettez-la dans la Seine." Là encore, rires de ses collègues.
À Villeneuve-Saint-Georges, la police municipale est au cœur de la politique