// CLUBIC — SPAZIO & SCIENZA
La Lune n’a pas assez d’eau pour la ville géante rêvée par Elon Musk, selon des chercheurs
Elon Musk rêve d’une ville lunaire capable de « croître d’elle-même », avec à terme des dizaines de milliers d’habitants. Mais une nouvelle étude scientifique vient doucher cet espoir : la Lune n’a tout simplement pas assez d’eau pour le réaliser.
En février, l’homme le plus riche du monde annonçait prioriser la Lune au détriment de Mars, pour y concevoir une ville autonome d’ici à 10 ans. Une vision partagée par Jeff Bezos, notre satellite étant considéré comme très prometteur pour y exporter certaines industries lourdes. La NASA, elle, prévoit d’ores et déjà de commencer à y construire des habitats aux alentours de 2032 dans le cadre de sa « Moon Base ».
Dans ce contexte, deux astrophysiciens de Harvard-Smithsonian et de l’université de Durham ont voulu chiffrer précisément ce que la Lune peut réellement supporter. Et leurs calculs, publiés dans Frontiers in Space Technology, ne sont pas bons.
S’ils expliquent que l’énergie solaire et la fission nucléaire sont des alternatives viables pour alimenter une population de plusieurs millions de personnes sur la Lune, c’est du côté de l’eau qu’ils se font davantage de mouron. Car elle se concentre presque exclusivement dans des cratères situés aux pôles, plongés dans l’obscurité depuis environ 4 milliards d’années. Ces « puits d’obscurité éternelle », comme les surnomment les scientifiques, sont si froids que l’eau qui s’y est accumulée au fil des impacts de comètes et d’astéroïdes n’a jamais pu s’évaporer.
Or, c’est là, et quasiment nulle part ailleurs, que se trouve la ressource dont dépendrait toute installation humaine durable. Pour ne pas être accusés d’exagérer le problème, ils partent d’une hypothèse volontairement optimiste : ils supposent qu’1 milliard de tonnes d’eau sont disponibles sur la Lune. C'est environ 20 à 30 fois plus que ce que les mesures les plus fiables ont réellement détecté jusqu’ici.
Concrètement, cela représente de quoi recouvrir tout Central Park, à New York, d’une couche d’eau de 120 mètres de haut. Un volume qui paraît immense, mais pas forcément lorsqu’on le compare aux besoins réels d'une ville lunaire.
En effet, le constat est sans appel. Sans aucun recyclage, une ville d’1 million d’habitants épuiserait la totalité de cette eau en seulement 2,4 ans. Car chaque usage, qu’il s’agisse d’une douche ou d’un arrosage, pèse lourd, et la ressource ne se renouvelle pas naturellement sur la Lune.
Le recyclage représente donc la seule option pour prolonger la durée de vie d’une colonie potentielle. Mais même avec une efficacité record de 98 %, le niveau atteint par la Station spatiale internationale (ISS) depuis 2023 seulement, une ville d’1 million d’habitants ne tiendrait qu’environ un siècle. Une colonie plus modeste, de 100 000 personnes, pourrait-elle tenir un millénaire ?
Les astrophysiciens considèrent un « village lunaire » d’1 millier d’habitants, à l’échelle d’une base scientifique en Antarctique, parfaitement soutenable. Mais pas une métropole de plusieurs millions de personnes, du moins pas sans rupture technologique majeure.
Selon eux, il faudrait multiplier par dix l’efficacité de recyclage actuelle, importer de l’eau depuis des astéroïdes proches, ou découvrir des réserves lunaires bien plus importantes que celles connues aujourd’hui. Il y a du boulot.