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"Ça fait partie de notre culture paysanne de s'entraider" : les voisins et amis de Manon Relandeau, introuvable depuis six mois, se relaient pour sauver sa ferme
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Julien Gasparutto, Margaux Manière, Caroline Thébaud
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Pascal Doucet-Bon
Manon Relandeau, agricultrice en Loire-Atlantique, n'a plus donné de signe de vie depuis le 27 mars 2026. Son conjoint, le principal suspect, a quitté la France pour rejoindre l'Algérie. Depuis cette disparition et face à l'abandon de la ferme de la jeune femme, des voisins se relaient pour sauver l'exploitation.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Quasiment aucun bruit, un calme inhabituel pour une ferme, et des bêtes qui semblent attendre le retour de leur éleveuse. Voilà six mois que Manon Relandeau, agricultrice à Saint-Étienne-de-Montluc (Loire-Atlantique), a disparu, avec une piste privilégiée : celle d'un féminicide. Mais pour des confrères, voisins et amis de la jeune femme de 31 ans, pas question de laisser sa ferme à l'abandon. Depuis mars, ils sont huit à se relayer chaque jour pour faire vivre l'exploitation.
La première urgence était de nourrir la trentaine de vaches nantaises, mais avec une difficulté majeure. "Ce troupeau était habitué à sa voix, sa gestuelle, sa présence physique aussi. Je pense qu'il y avait un vrai traumatisme de leur part, dû à cette disparition brutale. On a passé du temps dans le troupeau, on a essayé d'être le plus doux possible", explique Grégoire Minday, éleveur.
Cavalière passionnée, Manon Relandeau accueillait aussi sur sa ferme de nombreux chevaux placés là en pension. "On fait le tour des chevaux, regarder s'il n'y a pas de blessures", indique l'une des volontaires. Là aussi, une mobilisation quotidienne des voisins et amis de Manon. Même si tous redoutent aujourd'hui le pire : "Il y a une toute petite part de moi qui espère, mais le temps est passé. Et puis, elle n'aurait jamais abandonné ses animaux", admet avec une grande émotion celle qui ce jour-là est venue prendre soin des chevaux.
Depuis le 27 mars dernier, Manon Relandeau n'a plus donné signe de vie. Les enquêteurs ont ratissé la zone tout autour de sa ferme. Un tracteur a retourné la terre. Quelque 300 personnes ont participé à des battues citoyennes pour retrouver une trace de la jeune femme. Le principal suspect : son compagnon. Quelques jours après la disparition, il a fui en Algérie avec leur petite fille, alors âgée de 15 mois. Sur place, il est très vite arrêté. En détention provisoire là-bas, il ne reconnaît rien.
Au lendemain de la disparition, les agriculteurs solidaires ont dû très vite s'organiser, non sans mal. Manon travaillant seule, personne ne connaissait son organisation, ses clients, ses fournisseurs, pas même la localisation de ses terres. Ils ont dû imprimer des plans pour s'y retrouver. "L'enjeu, c'était de connaître l'étendue de la ferme, savoir quelles étaient les parcelles en céréales pour prévoir la moisson. On ne connaît pas l'historique des factures, on ne sait pas forcément d'un point de vue sanitaire où est rendu le troupeau, s'il y a des soins à faire dans l'urgence ou pas…", résume Morgane Guillouroux, agricultrice.