// LES NUMÉRIQUES — SPAZIO & SCIENZA
Actualité : On pensait Mars rouge : certaines régions sont violettes, et c'est magnifique
La sonde Mars Express de l'ESA a photographié le pôle Sud martien dans des teintes roses, mauves et pourpres. Un mélange de givre, de poussière volcanique et de lumière rasante qui transforme la planète rouge en tableau irréel.
© ESA/DLR/FU Berlin, CC BY-SA 3.0 IGO - La région de Thyles Rupes au pôle Sud de Mars, photographiée par la caméra HRSC de Mars Express le 17 février 2026. Le glacier bleuté (en bas à gauche) appartient à la calotte polaire sud. Le cratère central, recouvert de glace de CO₂, contraste avec les terrains volcaniques sombres à droite.
On connaît Mars par ses ocres poussiéreux, ses bruns ternes, ses rouges rouillés. Une palette dictée par les oxydes de fer qui tapissent la quasi-totalité de sa surface. Pourtant, les clichés publiés le 16 septembre 2026 par l'Agence spatiale européenne racontent une tout autre histoire.
Capturées par la caméra stéréo haute résolution (HRSC) de la sonde Mars Express, ces images dévoilent Thyles Rupes, un escarpement glaciaire aux falaises dépassant le kilomètre de hauteur, drapé de volutes roses, mauves et pourpres.
Plusieurs phénomènes se superposent. Le matériau sombre, d'origine volcanique, regorge d'olivine et de pyroxène, des silicates que l'on retrouve aussi dans le manteau terrestre. Les zones bleutées, bien visibles dans les cratères, sont recouvertes de dioxyde de carbone gelé, un givre qui persiste même au printemps austral martien. La teinte violacée d'ensemble, elle, naît du mélange de poussière en suspension et de givre au sol, modulé par la lumière rasante du matin. Le résultat change d'heure en heure.
Dunes de sable volcanique recouvertes de givre de CO₂ au printemps austral martien, près de Thyles Rupes. Les dépôts sombres proviennent de matériaux volcaniques riches en olivine et en pyroxène.
L'image a été acquise le 17 février 2026, lors de l'orbite 27 925 de Mars Express, une sonde en activité depuis 2003 et qui a cartographié la surface de Mars en trois dimensions pendant plus de vingt ans.
Le nom renvoie à Thulé, cette terre légendaire que les Grecs situaient aux confins du monde connu. L'astronome italien Giovanni Schiaparelli l'a emprunté à la fin du XIXe siècle pour désigner cette région polaire. Rupes, en latin, signifie falaise.
L'escarpement de Thyles Rupes vu en 3D, avec ses falaises dépassant un kilomètre de hauteur. La crête tranche net un cratère d'impact plus ancien (à droite), preuve que la formation tectonique de l'escarpement a suivi l'impact initial.
L'escarpement s'étire sur des centaines de kilomètres. Sa formation remonte au refroidissement de l'intérieur martien : la croûte, en se contractant, a poussé certains blocs vers le haut. Mars fonctionne en effet comme une planète à plaque unique, sans tectonique active. Les forces en jeu étaient internes, liées à la perte de chaleur progressive du noyau.