// CLUBIC — MOBILE & WEB
Apple pourrait avoir à payer une somme gigantesque pour une histoire de vibrations de l'iPhone
Un jury fédéral américain estime qu'Apple doit plus de 5,7 milliards de dollars à la société Taction Technology, pour avoir enfreint deux brevets sur les vibrations de l'iPhone et de l'Apple Watch. Apple conteste et promet de faire appel.
C'est un verdict à plus de 5,7 milliards de dollars (5 milliards d'euros) pour Apple qui est tombé vendredi 25 septembre à plusieurs milliers de kilomètres de la France, devant le tribunal fédéral de San Diego, dans le procès qui l'oppose à Taction Technology autour des vibrations de l'iPhone et de l'Apple Watch. Car derrières ces petites tapes sur le poignet, ce faux clic qui répond sous le doigt, on retrouve le Taptic Engine, un minuscule actionneur qui, selon Taction, exploite ses inventions sans autorisation. Après plus de cinq ans de procédure, un rejet en 2023 et une résurrection en appel, sept jurés ont fini par donner raison à ce spécialiste américain de l'haptique, sans toutefois juger la contrefaçon délibérée. Apple dénonce un verdict et des dommages « sans fondement dans les faits », comme le rapporte ce week-end CNBC.
Elle est forcément peu connue du grand public, mais oui, l'entreprise américaine Taction Technology, basée à San Diego, est spécialisée dans l'haptique, c'est-à-dire la transmission d'informations par le toucher, ici par des vibrations. Elle a conçu ses propres casques audio, les Kannon, financés par une campagne participative sur Kickstarter, qui font ressentir physiquement les basses de la musique. Sa technologie équipe aussi le casque de jeu HS60 Haptic de Corsair. Et les deux brevets en cause ici portent la signature de James Biggs, passé par le MIT Touch Lab.
Les vibrations qui obéissent sont un peu son obsession. Dans un actionneur classique, une masse mise en mouvement par des bobines et des aimants a tendance à s'emballer à certaines fréquences, à démarrer mollement ou à trembler encore une fois le signal coupé. Taction la guide avec des lames flexibles et la met au contact d'un ferrofluide, un liquide qui réagit aux aimants, pour atténuer une résonance située entre 40 et 200 Hz. De quoi donc passer du coup sec au grondement grave.
D'après la plainte qui aujourd'hui fait scandale mais qui fut déposée à l'origine en avril 2021, Apple aurait pris le même virage. Les premiers Taptic Engine, ceux de l'Apple Watch originelle et de l'iPhone 6S, reposaient sur des ressorts hélicoïdaux. Mais depuis fin 2016, ils combineraient lames flexibles et ferrofluide, photos de démontage d'un iPhone SE de 2020 à l'appui, où la masse mobile est même lestée de tungstène. Taction estime que cette précision a permis à la firme de Cupertino de supprimer le bouton d'accueil physique. Dans le détail, la plainte évoquait notamment les modèles iPhone 8 à 12 et les Apple Watch Series 3 à 6. Mais continuons.
Les jurés ont accordé à Taction plus de 5,7 milliards de dollars de dommages et intérêts, mais que dit-on chez Apple, en réponse ? Visiblement, ici, la marque à la pomme ne concède rien. Tout en remerciant les jurés, elle soutient dans une déclaration à nos confrères américains que son Taptic Engine est fondamentalement différent de la technologie de son adversaire. Selon la marque, les tests menés par Taction elle-même sur ses produits l'auraient d'ailleurs confirmé pendant le procès. Apple affirme ainsi ne pas utiliser cette technologie, et annonce faire appel.
Le jury a toutefois estimé qu'Apple n'avait pas enfreint ces brevets en connaissance de cause, et ce point compte. Aux États-Unis, une contrefaçon jugée délibérée permet au juge de multiplier les dommages jusqu'à trois fois, ce que réclamait Taction. La société affirmait qu'Apple connaissait sa technologie, l'accusant d'avoir acheté deux casques Kannon en 2017, puis de les avoir démontés pour les étudier. À noter qu'en 2017, les deux brevets du procès n'existaient pas encore, puisqu'ils n'ont été accordés qu'en 2020. Les casques ne mentionnaient qu'un brevet plus ancien de Taction, portant sur une version antérieure de