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Actualité : Le “nutriscore” de l’IA pour mesurer la consommation d’eau et d’électricité : bonne idée ou supercherie ?
La Commission européenne vient d’adopter un nouveau règlement qui vise à « trier » sur une échelle de A à G la consommation en eau et en électricité des centres de données européens. Mais les effets concrets sur la transparence du secteur pourraient être assez minimes.
© Gloria Mendoza / BetterImagesofAI / CC BY-SA 4.0 - Les serveurs IA bientôt obligés de faire la transparence sur leur consommation d’eau et d’électricité
Alors que le sujet des impacts environnementaux, sociaux et médicaux des centres de données continue de faire polémique, l’Union européenne tente timidement de réguler le secteur. Le dernier règlement délégué signé par Bruxelles propose ainsi d’établir une "échelle commune" de mesure pour la consommation d’eau et d’électricité de ces géants de silicium.
Il s’agirait peu ou prou d’établir une sorte de "nutriscore" pour les installations européennes afin de donner des bons points aux structures les moins énergivores. Mais l’idée souffre de quelques angles morts et se heurte aussi à l’opacité générale de l’industrie qui risque de vider cette mesure de sa substance, a récemment révélé Mediapart.
Similaire à l’étiquette énergie qui trône sur bon nombre de nos appareils électroniques, cette étiquette serait apposée sur tous les centres de données tirant au moins 500 kW d’énergie pour leurs matériels informatiques. Cette précision a son importance, puisque la consommation d’un centre de données ne se résume pas aux serveurs, mais aussi à ses mécanismes de refroidissement, ses systèmes de sécurité, l’éclairage, etc. Néanmoins, avec la course au gigantisme que se font les géants de la tech, il est à peu près sûr que tous les centres de données nouvellement construits seront concernés, ainsi que bon nombre de structures déjà présentes sur le territoire européen.
L'étiquette énergie proposée pour les data centers européens
Cette conception assez limitée de la "consommation" imputable au data center se retrouve aussi du côté de l’utilisation de l’eau. Sont pris en compte "tous les volumes d’eau qui pénètrent dans l’enceinte du centre de données et qui sont utilisés dans le cadre des fonctions de ce dernier". Cela laisse de côté l’eau utilisée pour la production d’énergie hors site ou encore celle employée dans la construction des bâtiments et du matériel. Or, selon les experts du bureau d’études Hubblo, les premiers prélèvements "sont bien supérieurs aux volumes consommés localement en data center" et les seconds peuvent "rapidement dépasser 1/3 des consommations totales d’un centre de données". Autrement dit, "le refroidissement, c’est un pouillème de l’eau consommée si l’on prend en compte ces trois pôles", nous explique Benoit Petit, cofondateur.
Mais surtout, ces mesures sont relatives et non pas absolues. Comme pour un lave-linge, un data center pourra obtenir un A en siphonnant d’importantes quantités d’eau si ceux qui constituent le reste de l’échelle sont encore plus assoiffés. Un consortium international de journalistes accompagné de Mediapart a bien tenté d’exiger les données brutes auprès de Bruxelles, qui ne les a pas rendue public au nom de "la protection des intérêts commerciaux ainsi que la confidentialité des informations des exploitants".
De récentes prises de position de la Commission européenne ont sanctuarisé le droit à l’opacité en invoquant le droit des affaires. L’article 12 de la directive relative à l’efficacité énergétique des centres de données précise bien que toutes les données doivent être communiquées "à l’exception des informations soumises au droit de l’Union et au droit national protégeant les secrets commerciaux et les secrets d’affaires ainsi que la confidentialité". Beaucoup d’exception et peu de transparence en somme.
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