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Actualité : Streaming illégal : pour bloquer des sites pirates, les ayants droit ont coupé la banque en ligne de millions d'Européens
Banques inaccessibles, emails coupés, services légitimes bloqués par milliers : les ordonnances anti-piratage font des ravages collatéraux à travers l'Europe. Les fournisseurs d'accès exigent que les ayants droit en assument le coût.
© NikOStudio / Montage Les Numériques - En Europe, des ordonnances de blocage anti-piratage ciblant des adresses IP partagées ont rendu inaccessibles des services bancaires et des plateformes de paiement utilisés par des millions de personnes.
En voulant éradiquer le streaming sportif pirate, les détenteurs de droits ont obtenu des ordonnances de blocage qui ont débordé très largement de leur cible.
En Espagne, en Italie et en France, des services bancaires, des outils professionnels et des messageries ont été rendus inaccessibles, parfois pendant des semaines. EuroISPA, l'association qui fédère plus de 3 300 fournisseurs d'accès européens, vient d'adresser une contribution formelle à la Commission européenne pour demander que les demandeurs de blocage soient tenus responsables des dégâts.
En Espagne, la ligue de football LaLiga a obtenu le blocage d'adresses IP liées à du streaming illégal. Le problème : ces adresses étaient partagées avec des centaines de services légitimes, hébergés sur la même infrastructure. Selon un rapport du think tank bruxellois CEPS, des applications bancaires et des plateformes de paiement sont tombées en même temps.
En Italie, le système de blocage automatisé Piracy Shield a provoqué le blocage collatéral de 7 700 noms de domaine légitimes. Un hébergeur portugais a perdu toute connectivité email avec ses clients italiens pendant 16 jours.
La page de blocage de l'AGCOM italienne affichée sur Google Drive : en octobre 2024, le système automatisé Piracy Shield a bloqué par erreur le service de stockage de Google en ciblant des adresses IP partagées.
Quand Cloudflare, l'un des plus gros prestataires d'infrastructure web au monde, a refusé de filtrer les requêtes sur son service public, le régulateur italien lui a infligé 14 millions d'euros d'amende.
En France, Cisco a retiré son service de résolution DNS OpenDNS du territoire après une injonction liée à Canal+, puis de Belgique en 2025 sous la menace d'amendes de 100 000 euros par jour.
EuroISPA s'appuie sur le rapport du CEPS et rappelle que la Commission européenne elle-même a conclu que ces mesures avaient produit des "effets positifs limités" sur le piratage.