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Le char Leclerc confie son "turbo" à des spécialistes de l'aéronautique, et ça paye déjà
Les premières turbomachines du char Leclerc rénové viennent d'être livrées à l'armée de Terre. Remises à neuf par un atelier aéronautique de l'État à Bordeaux, elles arrivent en avance et pour moins cher que les devis des industriels.
Le ministère des Armées, par le biais de la Direction générale de l'armement (DGA), a annoncé en fin de semaine dernière la livraison à l'armée de Terre des deux premières turbomachines de char Leclerc remises à niveau par l'Atelier industriel de l'aéronautique (AIA) de Bordeaux. Conçue par Safran Helicopter Engines, cette pièce est très importante dans les performances du moteur du blindé français. Cette maintenance, qui a été confiée au Service industriel de l'aéronautique (SIAé) en 2023, doit atteindre un rythme de 25 turbomachines par an dès 2027.
Le Leclerc embarque une mécanique, il faut le dire, peu commune. Son moteur diesel, le V8X-1500, est épaulé par une turbomachine, la TM-307B, une turbine à gaz conçue par Turbomeca, aujourd'hui Safran Helicopter Engines. Sa mission consiste à comprimer de l'air puis à l'envoyer dans les cylindres du moteur. On sait que plus d'air, c'est davantage de carburant brûlé à chaque cycle, donc plus de puissance, sur le même principe que le turbo d'une voiture, mais à l'échelle d'un blindé. Ce moteur dit « Hyperbar » délivre ainsi 1 500 chevaux et offre de fortes accélérations à un engin de près de 60 tonnes. Pas mal.
Les démarrages en trombe ne sont pas le seul talent de la TM-307B. Quand le gros diesel est coupé, elle prend le relais comme groupe auxiliaire de puissance, une sorte de générateur d'appoint qui continue de fournir de l'énergie au char sans faire tourner son moteur principal. Les avions de ligne embarquent le même type d'équipement pour rester alimentés au sol, moteurs éteints. Cette parenté avec l'aviation apporte beaucoup, mais une turbine à gaz réclame des mains rompues à ce genre de mécanique. C'est là qu'entre en scène l'Atelier industriel de l'aéronautique (AIA) de Bordeaux. Ce dernier est rattaché au SIAé, un service public qui entretient, répare et modernise d'ordinaire les avions, hélicoptères et équipements des armées.
Les deux premières turbomachines sont passées par une maintenance de niveau NTI3, comprenez « niveau technique d'intervention 3 » dans le jargon des armées. On parle ici d'un passage en atelier industriel en profondeur, bien au-delà d'un simple contrôle. Les essais l'attestent, elles ont retrouvé leurs performances d'origine, et elles sont en plus sorties de l'atelier en avance sur le calendrier, une phrase, vous en serez les témoins, qu'on n'écrit pas tous les jours à propos d'un programme d'armement. Ces livraisons, qui ont été annoncées le 2 octobre, referment le chantier de réindustrialisation et lancent la phase de production.
Pour comprendre ce choix des armées françaises, il faut remonter au programme de rénovation du Leclerc. La DGA y a lancé une étude pour remettre sur pied, en France, une filière capable d'assurer la maintenance lourde de la turbomachine, une vraie bonne « réindustrialisation » donc. Deux industriels s'y sont attelés, à savoir KNDS, le maître d'œuvre du char, déjà chargé de son soutien, et Safran, le concepteur de la turbine. En parallèle, la DGA avait aussi demandé à l'AIA de Bordeaux de suivre les travaux pour se préparer à prendre le relais. En juillet 2023 le verdict était tombé, et pour mieux maîtriser les coûts et tenir un calendrier jugé ambitieux, la maintenance fut confiée au SIAé, donc à l'État, Safran restant associé comme sous-traitant. Selon le ministère, la formule revient moins cher que les devis des industriels, mais aucun chiffre n'est néanmoins publiquement avancé.
À l'heure où les armées se préparent à d'éventuels conflits de haute intensité, qui exigent de tenir dans la durée, le chantier est bien indispensable. En service depuis le début des années 1990, le Leclerc prend de l'âge, et 200 exemplaires sont en cours de modernisation au standard XLR pour rester opératio