// FRANDROID — MONDO
Bruxelles veut taxer les géants de la tech sans prononcer le mot « numérique »
Bruxelles cherche un moyen de faire payer davantage les géants américains de la tech sans que ça se voie. Selon six responsables européens interrogés par le Financial Times dans un article publié ce mercredi 7 octobre, la Commission européenne retouche un projet d’impôt sur les grandes entreprises.
Le but est qu’il rapporte plus avec Apple, Meta ou Google, sans jamais les nommer. Washington a en effet menacé de représailles les pays qui taxent les services numériques de ses entreprises. L’UE veut donc remplir son budget commun sans donner à Donald Trump un prétexte pour relever ses droits de douane.
Le projet en question s’appelle Core, pour Corporate Resource for Europe. La Commission l’a présenté le 16 juillet 2025, avec sa proposition de budget européen pour 2028-2034. Core fait partie de cinq nouvelles « ressources propres », c’est-à-dire des recettes versées directement dans la caisse commune de l’UE. Ensemble, elles doivent rapporter environ 60 milliards d’euros par an à partir de 2028.
Dans sa version actuelle, Core prévoit une contribution forfaitaire annuelle pour toutes les entreprises actives dans l’UE qui dépassent 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. La somme va de 100 000 à 750 000 euros par an, en quatre tranches selon le chiffre d’affaires. La Commission en attend environ 6,8 milliards d’euros par an.
La dernière tranche n’a pas de plafond, si bien qu’un groupe qui réalise des milliards d’euros de chiffre d’affaires en Europe paie le même forfait qu’une entreprise à 750 millions.
Bruxelles envisage donc de relever les seuils et les montants de Core pour ne viser que les très grandes entreprises. Les responsables cités par le quotidien économique britannique y voient deux avantages. D’abord, la taxe rapporterait davantage auprès des groupes tech. Ensuite, elle épargnerait les entreprises européennes de taille moyenne.
Beaucoup d’États membres s’opposent à Core, au motif qu’il désavantagerait leurs entreprises moyennes face à des concurrents étrangers. En les sortant du dispositif, la Commission espère rallier davantage de capitales.
Un responsable européen résume la manœuvre au FT : « Certaines capitales sont opposées à une taxe numérique pure car elles ne veulent pas fâcher les Américains, et beaucoup d’autres sont opposées à Core. La solution est d’élargir [la taxe] pour couvrir quasiment toutes les grandes entreprises. »
Comme aujourd’hui, la nouvelle version s’appliquerait à tous les secteurs, numériques ou non. Ses modalités précises sont encore en discussion. Surtout, un impôt qui touche toutes les grandes entreprises, européennes comprises, est plus difficile à qualifier de discriminatoire. Or c’est précisément ce que reprochent les États-Unis aux taxes sur le numérique.
L’UE avait pourtant préparé une taxe sur les services numériques à l’échelle des 27. Bruxelles l’avait mise en pause pour laisser la place à l’accord signé en 2021 sous l’égide de l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques. Ce texte devait obliger les grandes multinationales à payer plus d’impôts dans les pays où elles font leurs ventes. Depuis la réélection de Donald Trump en 2024, il est bloqué, et un responsable européen le décrit comme « mort ».