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Vols, escroqueries : ils traquent eux-mêmes les malfaiteurs
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Des justiciers influenceurs publient sur les réseaux sociaux des vidéos qui font des centaines de milliers de vues. Ils se positionnent comme des chasseurs de voleurs et de pickpockets sur les principaux sites touristiques de la capitale ou encore dans le métro. Quel est le sens de leur action et jusqu’où est-elle légale ?
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
On dirait un touriste, mais en réalité, un jeune homme traque les escrocs autour de la tour Eiffel. Ses cibles : des femmes qui soutirent de l’argent aux touristes en leur faisant signer de fausses pétitions. Celui qui se surnomme Yanissito préfère rester anonyme pour mieux les surprendre.
Avec ses lunettes, il filme toutes ses interventions. Ce jour-là devant nous, il récupère 20 euros et les rend à un couple d’Américains qui s’étaient fait avoir. Même course pour voler au secours d’une autre touriste. "Les touristes doivent être avertis qu’il faut faire attention à ces voleurs. Sans lui, comment j’aurais pu savoir que c’étaient des escrocs ?", partage une touriste.
Une chasse aux voleurs qu’il justifie : "Je me sens complètement comme un justicier. C’est un devoir de citoyen, ce que je fais. Je n’aimerais pas que ça m’arrive, donc je le fais pour aider les gens." "Mais ça, c’est le rôle des forces de l’ordre ?", relance la journaliste de France Télévisions. "Bien évidemment, mais après, il faut savoir aussi que ces forces de l’ordre n’interviennent pas forcément", répond-il.
Sur les réseaux sociaux, ces interventions sont vues des millions de fois. Comme celle de Christian, alias The King, gestionnaire de paie la semaine, chasseur de pickpockets sur son temps libre. Ce jour-là, près du Louvre, il se fond dans la foule, aux aguets. Dans le quartier, il commence à être connu et même apprécié. "On est bien contents de trouver des gens comme ça qui neutralisent les pickpockets", glisse une passante. Il filme tout. Quand il prend les voleurs en flagrant délit, il essaie de les bloquer et appelle la police. "On ne les remplace pas tout simplement parce que la police n’est pas partout, mais les citoyens sont partout. C’est à nous d’agir quand ils ne sont pas là", partage Christian. Contactée, la préfecture de police affirme lutter elle-même au quotidien contre ces vols et avertit : "Les initiatives individuelles peuvent perturber ou compliquer le travail des enquêteurs et des services de police."
Des vidéos pour dénoncer des voleurs, c’est une méthode employée aussi par de plus en plus de commerçants. Dans une petite ville de Picardie, un caviste a été victime d’un vol de 9 000 euros. Ses caméras de surveillance ont filmé les escrocs présumés. Il décide de publier leurs visages sur les réseaux sociaux. Ils déclenchent une avalanche de témoignages d’autres commerçants floués. "Vous imaginez même pas, c’était entre 30 et 50 appels par jour. On a tout retranscrit et on a tout donné au directeur d’enquête", indique Clément Fongueuse, commerçant à Rosières-en-Santerre (Somme). Grâce à ses informations, les gendarmes ont fait tomber et condamner un réseau de cinq individus qui avaient volé une quinzaine de cavistes dans toute la région.
Pour autant, diffuser publiquement les visages des voleurs reste illégal. "Vous allez à la police, vous apportez votre vidéo, c’est légal. Maintenant, vous sortez de ce cadre de l’instruction et vous-même, vous les publiez sur des réseaux sociaux, ça, ce n’est pas conforme à la loi", prévient Me Sylvie Jonas, avocate. Certains commerçants réclament de faire évoluer la loi pour autoriser la diffusion de ces visages sans craindre d’être poursuivis.
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