// FRANCEINFO FAITS DIVERS — CRONACA
"Bismillah c'est les ténèbres" : comment de présumés policiers infiltrés sur Snapchat ont offert son slogan au mouvement lycéen
Sur les pancartes des blocus et des manifestations, une phrase revient partout. Elle viendrait de messages Snapchat attribués à des policiers qui tentaient de se faire passer pour des lycéens. Une infiltration grossière, et un brin raciste, devenue la référence de toute une génération.
Pour sauvegarder cet article, connectez-vous ou créez un compte franceinfo
Si l'on vous dit "Bismillah c'est les ténèbres", ça vous évoque quelque chose ? Rien ? C'est pourtant la phrase qui s'incruste au feutre et à la gouache sur des dizaines de pancartes dans les manifestations et les blocus lycéens. La réf de toute une génération.
"Un moment pour le blocus, un autre pour les cours" : en marge des mobilisations, les lycéens tentent de limiter le retard pris sur les programmes
Tout commence sur Snapchat, le réseau social préféré des ados. C'est sur cette messagerie que les blocages s'organisent. Depuis le début du mouvement, des lycéens affirment y recevoir des messages d'inconnus qui veulent connaître leur identité et les lieux des blocus. Ils soupçonnent des policiers en civil. Rien n'est confirmé.
Pseudos à consonance maghrébine, drapeaux algériens entre chaque phrase, mélange d'arabe et de français. Sur TikTok, les imitations de ces infiltrations grossières fleurissent.
Parmi les captures d'écran de ces messages attribués à des policiers, celle qui circule le plus est celle d'un certain Mamadou, en quête d'infos sur un blocus, qui écrit : "Bismillah c'est les ténèbres", traduisons par "Au nom de Dieu, c'est les ténèbres". Ça ne veut rien dire mais ça en dit long sur l'auteur : pour lui, le lycéen qui bloque son bahut a forcément un prénom africain et un drapeau algérien en guise de ponctuation. Une infiltration grossière, et un brin raciste.
La formule déferle sur les réseaux et devient un slogan. Avec, toujours, des vidéos parodiques.
L'Humanité a publié un sketch de l'humoriste Pierre-Antoine Valade, en policier qui tente de s'infiltrer chez les lycéens… en parlant "djeuns".
L'eurodéputé RN Matthieu Valet, ancien commissaire, croit à un vrai reportage et accuse le journal de répandre des fake news. Avant de supprimer son tweet. "Bismillah c'est les ténèbres", c'est plus qu'un slogan. C'est le récit d'un fossé qui se creuse entre les forces de l'ordre et une jeunesse qui, en pleine colère, arrive encore à nous faire rire.