// LES NUMÉRIQUES — SPAZIO & SCIENZA
Actualité : Le sol s’enfonce sous certaines grandes villes, jusqu’à 21 cm par an : nos satellites ont aussi ausculté Paris
Neuf ans d'images radar, 465 villes passées au crible : une équipe de l'université de Pékin publie une carte mondiale des sols urbains qui s'affaissent. Au sommet, Medan, Bandung et Mexico. Et Paris dans tout ça ?
© WNakdee - Paris fait partie des 465 grandes villes dont le sol a été scruté par satellite entre 2014 et 2023. La capitale bouge de moins d’un millimètre par an, loin des records de Mexico ou de Medan.
Le bitume sous nos semelles n'a rien d'immuable. Publiée le 12 octobre 2026 dans la revue Nature Cities, une étude pilotée par Shengli Tao et Xie Hu, chercheurs à l'université de Pékin, a mesuré entre 2014 et 2023 les mouvements verticaux du sol dans 465 villes de plus d'un million d'habitants, réparties sur 107 pays. Le phénomène porte un nom, la subsidence : un tassement lent qui lézarde les façades, tord les canalisations et aggrave les inondations. Les auteurs revendiquent la première évaluation planétaire menée avec une méthode homogène, là où les travaux antérieurs juxtaposaient des études locales aux protocoles disparates.
À l'échelle d'une agglomération entière, Medan, en Indonésie, détient le triste record avec une vitesse médiane d'environ 33 mm par an, devant Bandung (22 mm), Torreón au Mexique (17 mm) et Ispahan en Iran (11 mm). Mexico affiche une médiane plus modeste, 8 mm, mais certains de ses quartiers plongent d'environ 217 mm chaque année. Plus de 21 cm. Le pompage intensif des nappes phréatiques figure parmi les grands coupables : privées d'eau, les couches de sédiments se tassent comme une éponge qu'on essore.
Un autre satellite confirme l'ampleur du phénomène. Lancé en juillet 2025 par la NASA et l'agence spatiale indienne, NISAR a vu plusieurs secteurs de la capitale mexicaine perdre plus de 2 cm par mois entre octobre 2025 et janvier 2026.
The ground beneath Mexico City is slowly sinking, and now, the NISAR satellite can track it from space. New data shows parts of the city (in blue) that sank more than half an inch (more than 2 cm) per month from Oct. 2025 to Jan. 2026. pic.twitter.com/5uDM1B9Mwx
L'Asie du Sud-Est et de l'Est offre un tableau contrasté. Nombre de villes y ralentissent leur descente, signe selon les auteurs que des mesures d'atténuation d'envergure portent leurs fruits, tandis que de vastes zones urbaines de ces mêmes régions continuent d'accélérer. La carte fait aussi émerger des territoires longtemps délaissés par la recherche, en Afrique, en Amérique du Sud et en Russie.
La prouesse repose sur l'interférométrie radar (InSAR) appliquée aux images de Sentinel-1, la constellation du programme européen Copernicus. D'un passage à l'autre, le décalage de phase des ondes réfléchies trahit des variations millimétriques, cartographiées avec une résolution de 40 mètres.
Ce tour du monde porte une signature chinoise, mais il s'appuie sur des yeux européens. Pilotés par l'Union européenne et l'Agence spatiale européenne, ces satellites livrent leurs images gratuitement aux chercheurs du monde entier. La flotte vient d'ailleurs de rajeunir : Sentinel-1C a rejoint l'orbite en décembre 2024 à bord d'une Vega-C, suivi de Sentinel-1D en novembre 2025, propulsé par Ariane 6 depuis Kourou.
Vitesse médiane d’affaissement des grandes villes européennes entre 2014 et 2023. Paris reste quasi immobile, Rome et Florence descendent de 2 à 3 mm par an.