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Actualité : Dans les coulisses d'iFixit : plongée dans le labo californien qui fait trembler les géants de la tech
Nous nous sommes rendus dans les locaux d’iFixit, à San Luis Obispo, pour découvrir les coulisses de cette entreprise devenue une référence de la réparabilité, et comprendre comment elle tente de faire évoluer les pratiques des géants de la tech.
© Les Numériques - Le démontage du Galaxy XR chez iFixit.
Chaque année, l’humanité génère plus de 62 millions de tonnes de déchets électroniques. Pour se représenter cette masse, il faudrait imaginer quelque 6 100 tours Eiffel ou 170 gratte-ciels de la taille de l’Empire State Building jetés à la poubelle en l’espace de douze mois. Certes, il faudrait des grosses poubelles. Et ce n’est qu’une partie du problème, parce que moins d’un quart de ces déchets serait correctement recyclé. Dans le même temps, l’essentiel de l’empreinte carbone d’un smartphone est généré avant même sa première utilisation, lors de l’extraction des matières premières, de la fabrication et du transport. La phase d’usage ne représenterait, elle, qu’environ 20 % de cet impact.
Autrement dit, prolonger la durée de vie de nos appareils constitue un levier environnemental majeur. Encore faut-il que les fabricants nous en donnent les moyens, et que les consommateurs osent se lancer. Dans une industrie habituée à renouveler ses gammes chaque année, alors que les évolutions matérielles deviennent parfois plus modestes, la réparation reste trop souvent le parent pauvre de l’innovation. C’est précisément contre cette logique du remplacement permanent qu’iFixit s’est construit.
Installée à San Luis Obispo, sur la côte pacifique californienne, entre Los Angeles et San Francisco, l’entreprise a fait de la réparation son combat et de l’ouverture des appareils une spécialité. Nous avons pu visiter leurs locaux, découvrir leurs ateliers et rencontrer plusieurs de ses figures clés. Derrière les tournevis, les guides en ligne et les notes de réparabilité, se dessine une ambition plus large : changer notre rapport aux objets électroniques.
Les locaux d'iFixit sous le soleil de San Luis Obispo.
L’histoire commence en 2003, à l’Université d’État polytechnique de Californie, plus connue sous le nom de Cal Poly. Kyle Wiens et Luke Soules y sont étudiants lorsque le premier fait tomber son ordinateur portable, un sésame pour lequel il a travaillé pendant toutes ses années de lycée afin d'amasser suffisament d'argent pour se le payer. Le choc endommage le connecteur d’alimentation. En maintenant la prise dans une certaine position, Kyle parvient encore à recharger sa machine, mais il comprend rapidement qu’une soudure interne a probablement cédé.
Il entreprend alors de démonter lui-même son ordinateur. Le problème, c’est qu’il ne sait pas vraiment comment s’y prendre : câbles, attaches et languettes rendent l’opération plus compliquée que prévu. Il se tourne donc vers Internet, à la recherche d’un manuel de réparation. Sans succès. « J’ai fini par me débrouiller tant bien que mal pour réparer l’ordinateur », raconte-t-il. La machine fonctionne de nouveau, mais cette expérience lui laisse une question en tête : pourquoi est-il si difficile de trouver des instructions pour réparer un produit que l’on possède ?
En se renseignant, il découvre qu’un manuel avait bien existé en ligne, avant qu’Apple ne fasse intervenir ses avocats pour le faire retirer. Pour Kyle Wiens, c’est inacceptable. Avec Luke Soules, il décide donc de documenter leur processus de réparation, en photographiant les différentes étapes, puis de publier le résultat sur Internet. Le projet, baptisé PowerBook Fixit, puis iFixit, prend alors une direction qui ne changera plus : rendre accessibles des connaissances que les fabricants ne mettent pas toujours à disposition du public.
Les premiers retours sont suffisamment encourageants pour que les deux étudiants élargissent progressivement leur travail à d’autres appareils, en commençant par les produits Apple. Mais partager gratuitement des guides ne suffit pas à faire vivre une entreprise. Les fondateurs tentent d’abo