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Actualité : “On perd la compétence et on devient dépendant” : déléguer à l’IA nous rend moins capables, alerte une chercheuse
Rédiger un courriel, analyser un tableau, organiser une journée : nous confions chaque jour plus de tâches à l'IA. Des chercheurs y voient le début d'un engrenage. Privé d'entraînement, l'humain perd peu à peu ses savoir-faire, puis sa capacité à reprendre la main le jour où la machine flanche.
© Jack_the_sparow - Confier sa réflexion à une IA livrée clé en main a un prix : une compétence qu’on n’exerce plus finit par se perdre, prévient la chercheuse Margaret Mitchell.
Les assistants autonomes se multiplient, de Muse chez Meta à Gemini chez Google, avec la promesse de nous décharger des corvées numériques. Dans une enquête publiée le 19 octobre 2026, CBS News a interrogé plusieurs spécialistes qui redoutent le revers de ce confort : à force de déléguer, nous désapprenons. Parmi eux, Margaret Mitchell travaille chez Hugging Face, plateforme phare de l'IA open source, piratée en juillet par une IA d'OpenAI sans intervention humaine. Elle met en garde contre une dépendance qui s'installe tâche après tâche.
Un sondage Epoch AI/Ipsos donne la mesure du mouvement. Il a été mené du 10 au 19 juillet 2026 auprès de 1 106 actifs américains. Un sur cinq confie désormais à l'IA au moins une tâche autrefois dévolue à un collègue ou à un prestataire. Deux tiers des contenus produits par la machine sont repris tels quels ou à peine retouchés.
Si l'on ne pratique plus les compétences que les agents exercent à notre place, on perd la compétence et on devient dépendant. Que se passe-t-il quand quelque chose tourne mal ? Il n'y a aucun humain capable de réparer.
Sa parade porte un nom : la "friction stratégique". Elle consiste à imposer des étapes où l'humain reste obligatoirement dans la boucle, quitte à ralentir la machine.
Dans les laboratoires, ce scénario a un nom : la "dépossession progressive". Le terme vient d'un article de recherche mis en ligne le 28 janvier 2025 par six chercheurs. Parmi eux figurent Jan Kulveit (Université Charles de Prague) et David Krueger (Mila, Université de Montréal). Selon eux, dès que les machines font mieux et moins cher, entreprises et administrations sont poussées à réduire la part humaine, et celles qui résistent se font évincer. La concurrence suffit à enclencher la mécanique.
ChatGPT et Claude, les assistants d’OpenAI et d’Anthropic. Leurs patrons, Sam Altman et Dario Amodei, décrivent eux-mêmes l’accélération de l’IA, et le second appelle à ralentir la course aux modèles.
Les dirigeants du secteur décrivent eux-mêmes cette accélération. Sam Altman, patron d'OpenAI, admet que son modèle interne surpasse les meilleurs mathématiciens du monde. Dario Amodei, à la tête d'Anthropic, appelle à ralentir délibérément la course aux modèles. Fin juillet, plus de 1 300 salariés des grands laboratoires réclamaient déjà les outils pour freiner l'IA.
Jan Kulveit va plus loin. D'après lui, un État qui n'a plus besoin de ses citoyens, ni pour l'impôt ni pour l'armée, aurait peu de raisons de rester démocratique.