// FRANCEINFO FAITS DIVERS — CRONACA
TEMOIGNAGES. "On sort beaucoup moins" : à Trappes, la peur s'est installée après l'attentat raciste
Après l'attaque terroriste qui a fait un mort et cinq blessés, l'inquiétude ne retombe pas dans cette commune des Yvelines. Certains habitants ont réduit leurs déplacements, d'autres redoutent désormais d'être pris pour cible en raison de leurs origines.
Pour sauvegarder cet article, connectez-vous ou créez un compte franceinfo
À Trappes, le choc est encore immense, trois jours après l'attaque terroriste raciste survenue vendredi 23 octobre. Un homme de 26 ans est mort, Pengo Bosio Wangy, et cinq autres personnes ont été blessées dont une jeune fille de 12 ans touchée par huit impacts de balles. Le quotidien des habitants est bouleversé.
Après l'attaque terroriste dans les Yvelines, des rassemblements contre le racisme organisés partout en France
Comme celui d'Ihab, 24 ans. Il ne lâche rien des yeux chaque passant, chaque voiture ou chaque bruit. "Quand tu sors, t'es pas tranquille", confie-t-il. Le jeune habitant regarde à droite, à gauche : "Par exemple là, tu vas au travail, tu vas à la sécurité sociale, à la mission locale… Vu que tu es un Arabe, ou que tu es un musulman, ou que tu es un Noir, il faut avoir peur maintenant. Quand tu vois que le mec, il n'avait rien à voir, il s'est fait tirer dessus. Il y a une petite de 12 ans, elle a reçu huit balles. C'est un peu choquant quand même."
Choquant, voire traumatisant selon Imad, l'un de ses amis né au nord du Maroc. "Tout à l'heure, j'étais avec mon ami et puis on marchait. Il y a une voiture qui roulait à toute vitesse et je lui ai dit : 'T'imagines s'il sort une arme d'un coup et qu'il commence à tirer sur nous ?' J'ai quand même la tête d'un Maghrébin. Imaginez-vous, on reste quand même une minorité en France", souligne le jeune homme.
Depuis vendredi, "on a très peur, donc on sort beaucoup moins, explique Jana, étudiante. On va juste au travail, on rentre. Avant je sortais tout le temps, maintenant, j'ai vraiment diminué les sorties. Même le fait de rentrer tard, on a tout diminué. On a peur de sortir."
"On a peur de se dire : on va au travail le matin et en fait, on ne revient jamais."
Derrière la peur se cache un autre sentiment pour Imad, celui de l'abandon : "On se sent mis à l'écart. Par exemple, on n'a pas besoin d'aller plus loin, on va à Versailles ou à Montigny, on peut voir la différence. Trappes est un petit peu abandonnée. Je ne dirais pas complètement abandonnée, mais elle est quand même un petit peu abandonnée. On voit qu'il y a une certaine discrimination sociale."
Pour se reconstruire après cet attentat terroriste raciste, les habitants de Trappes réclament deux choses : que justice soit faite et plus de sécurité dans les rues de la ville.