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Surfréquentation, vétusté… Le rail espagnol est-il dangereux, après un nouvel accident mortel ?
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Julien Gasparutto, Margaux Manière, Caroline Thébaud
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Pascal Doucet-Bon
Un deuxième accident ferroviaire endeuille l'Espagne en 10 mois. Le 18 janvier, 46 personnes mouraient dans la collision entre deux trains à grande vitesse en Andalousie. Comment expliquer ces dysfonctionnements ?
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
C'est le réseau à grande vitesse le plus long d'Europe, avec près de 4 000 km de voies. Après deux catastrophes majeures en moins d'un an, le rail espagnol est-il dangereux ? En janvier dernier, sur la même ligne, entre Madrid et l'Andalousie, deux trains se percutent à plus de 200 km/h. Bilan : 46 morts et plus de 150 blessés. "Certains passagers étaient vraiment en très mauvais état. Ils étaient juste en face de moi, mais je ne pouvais rien faire", racontait alors une jeune femme rescapée, sous le choc. En 2013, un train à destination de Saint-Jacques-de-Compostelle prend un virage presque deux fois plus vite que la vitesse autorisée ; 80 personnes perdent la vie. Comment expliquer cette série noire ? Le réseau ferré est-il vétuste ?
Inaugurées en 1992, les lignes à grande vitesse espagnoles sont bien plus récentes que les françaises. Mais il y a un an, les syndicats dénonçaient dans une lettre la dégradation rapide du réseau. "Cela entraîne des pannes fréquentes telles que des instabilités ou des dommages aux structures des trains", écrivait le SEMAF (Syndicat espagnol des conducteurs ferroviaires) en août 2025. Des instabilités qui causent d'intenses vibrations dans les rames, comme on le voit sur certaines vidéos.
Après l'accident de début d'année, le gouvernement espagnol a promis 1,8 milliard d'euros pour son réseau ferré. "Si on veut des infrastructures solides qui peuvent supporter de nombreuses circulations, parce que les rails s'usent comme n'importe quelle infrastructure, il faut les remplacer, les entretenir de façon correcte", souligne Marie-Hélène Poingt, rédactrice en chef de La Vie du Rail.
Cette fatigue accélérée du matériel est-elle causée par un trafic trop intense sur les voies ? Depuis l'ouverture à la concurrence en 2020, la fréquentation a explosé de +42%, mais cela ne serait pas dangereux, selon Martin Bouziat, expert en infrastructures et transports Sia Partners. "Il y a plus de trains sur le réseau, mais tout ça est bien pris en compte dans les prescriptions d'ingénierie sur la voie et sur les systèmes de sécurité. Pour moi, il n'est pas question d'incriminer la concurrence", avance l'expert.
Demain, des syndicats de conducteurs de trains espagnols seront en grève pour défendre la sécurité ferroviaire dans le pays.