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Actualité : Pour le patron d'Alibaba, l'Europe ne sera souveraine en IA qu'avec l'open source
En pleine course à l'intelligence artificielle, Joe Tsai, président d'Alibaba, exhorte les entreprises européennes à héberger des modèles ouverts sur leurs propres serveurs plutôt que de s'en remettre aux API étasuniennes. Si la sécurité des données y gagnerait indéniablement, cette recette omet deux failles majeures.
Dans les grands laboratoires d'IA outre-Atlantique, 20 à 30 % des effectifs sont européens. Joe Tsai cite volontiers ce chiffre, ressorti le 7 octobre dernier à Turin lors de la conférence Wave by Vento. Pour le cofondateur d'Alibaba, le retard technologique du Vieux Continent “n’est pas un problème de talents”.
À l'entendre, ce qui manque à notre continent est la puissance de calcul. Sa solution se veut dès lors limpide : “L’open source est l'opportunité de l’Europe.” Concrètement, un industriel pourrait télécharger un modèle ouvert, l'entraîner sur ses propres données et l'exécuter sur son infrastructure privée, évitant ainsi que ses informations ne transitent par l'API fermée d'un géant technologique. Joe Tsai voit dans cette approche “la seule voie à suivre”, ajoutant qu'aucun pays ne devrait se fier entièrement à la technologie d'un autre, qu’elle soit américaine ou chinoise.
Sur le front de la sécurité des données, l'argument porte. Une fois téléchargés, les poids d'un modèle ne peuvent plus être modifiés ou retirés à distance, et les informations sensibles restent confinées au sein de l'entreprise. Un accès par API dépend à l'inverse du bon vouloir du fournisseur et de la géopolitique de son gouvernement. Anthropic en a fait l'amère expérience en juin, lorsque la société a dû suspendre l'accès à Fable 5 et Mythos 5 pour se conformer à des contrôles étasuniens à l'exportation (finalement levés à la fin du mois).
Le conseiller prêche toutefois pour sa paroisse. Alibaba développe en effet Qwen, l'une des familles de modèles ouverts les plus populaires du marché. D'après Xataka, les poids de Qwen3.8 ont été libérés en août avec une version phare frôlant les 2400 milliards de paramètres et une déclinaison plus frugale de 27 milliards sous licence Apache 2.0. Distribuer gratuitement ses modèles fait mécaniquement exploser la demande en hébergement, or Alibaba Cloud a justement inauguré de nouveaux centres de données en France en juin dernier.
Pour une entreprise européenne, basculer sur des IA chinoises reviendrait avant tout à troquer une dépendance contre une autre. Si les poids sont publics, les données d'entraînement demeurent opaques et les choix d'alignement ont été dictés ailleurs. Pour les itérations futures, tout dépendra du fournisseur, libre de fermer ses licences ou de réserver ses modèles les plus performants à ses propres services. Dans un rapport publié en septembre, Mozilla dresse d'ailleurs un constat sans appel : la Chine domine déjà le terrain de l'IA open source.
Côté européen, Mistral reste fort heureusement dans la partie. La pépite française a dévoilé le 6 octobre Large 4, un mastodonte d'environ 1000 milliards de paramètres dont les poids devraient être publiés à la fin du mois.
Joe Tsai le concède volontiers, l'Europe doit “vraiment se mettre sérieusement” à bâtir l'infrastructure matérielle de calcul adéquate. Faire tourner un modèle de plusieurs centaines de milliards de paramètres exige des grappes entières de processeurs graphiques, un luxe que peu d'entreprises possèdent. À ce jour, la Chine et les États-Unis contrôleraient environ 90 % de la capacité mondiale de calcul dédiée à l'IA.
Le vrai problème persiste néanmoins : les puces qui équiperont ces fermes resteront en immense majorité nord-américaines
Bruxelles tente de combler ce gouffre avec le réseau EuroHPC, qui supervise déjà 19 usines d'IA. Un appel à projets lancé fin juillet vise la création de sept gigafactories pour lesquelles 10 milliards d'euros de fonds publics devront attirer au moins 20 milliards d'investissements privés. Les candidatures se clôturent le 12 novembre pour une sélection attendue début 2027. L