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"Le match n'est pas plié" pour l'Europe, dit le PDG de Scaleway sur la course mondiale à l'intelligence artificielle
Scaleway, qui enchaîne les contrats majeurs et monte en puissance sur le cloud souverain européen, sera très active pendant VivaTech. Son directeur général, Damien Lucas, s'est confié à Clubic sur l'AI Gigafactory annoncée récemment, entre autres sujets.
Filiale du géant Iliad, la maison-mère de Free, Scaleway s'affirme aujourd'hui comme l'un des plus beaux noms de la Tech française. Ces dernières semaines, l'entreprise a décroché deux contrats majeurs : l'hébergement de la Plateforme des données de santé en lieu et place de Microsoft, et une sélection dans un appel d'offres cloud souverain de la Commission européenne à 180 millions d'euros. En parallèle, la société co-pilote le consortium AION, dont l'objectif est d'installer une AI Gigafactory en France pour produire des capacités de calcul à l'échelle industrielle.
À la veille de VivaTech 2026, salon dont Clubic est partenaire média, Damien Lucas, directeur général de Scaleway, revient sur ces succès, mais aussi sur l'avenir de l'intelligence artificielle en Europe, l'écologie, la hausse des tarifs et les prochaines ruptures technologiques, dont l'informatique quantique.
Damien Lucas, vous venez de lancer avec d'autres géants français le consortium AION pour installer une « AI Gigafactory » en France. Pour le grand public qui entend le mot Gigafactory plutôt pour les batteries de voitures électriques, de quoi parle-t-on exactement ici ? C’est une usine de serveurs ou une super-centrale pour créer les IA de demain ?
Damien Lucas : Une AI Gigafactory, c’est avant tout une capacité industrielle de calcul pour l’intelligence artificielle. Je la décrirais simplement comme une usine à tokens. Les tokens sont les unités que les modèles d’IA utilisent pour comprendre, raisonner et générer des réponses. Plus les modèles deviennent puissants et largement utilisés, plus la capacité à produire et traiter ces tokens devient critique.
Derrière cette image, il y a des milliers de puces, des logiciels, de l'énergie, du refroidissement, et des équipes capables d’opérer l’ensemble. L'enjeu est stratégique : donner à la France et à l’Europe les moyens de construire et faire fonctionner leurs propres IA.
On a l’impression que dans l'IA, les Américains (OpenAI, Anthropic, Google) ont déjà plié le match. En quoi cette Gigafactory française est-elle cruciale pour éviter que l’Europe ne devienne une simple colonie numérique des États-Unis ?
DL : Non, le match n’est pas plié. Mais il faut éviter de refaire avec l'IA l’erreur que l’Europe a faite avec le cloud. À l'époque, beaucoup ont pensé que le retard était déjà trop important et qu'il ne servait plus à rien d’investir massivement. Résultat : l'écart s’est creusé, et le rattrapage a pris des années.
Avec l'IA, l’Europe a encore toutes les cartes pour exister : des chercheurs, des ingénieurs, des start-up, des industriels et de l'électricité largement décarbonée. Mais sans capacité de calcul, cette ambition reste dépendante de plateformes étrangères.
C’est tout l’enjeu d’une AI Gigafactory : donner à l'Europe les moyens de rester dans la course et de construire ses propres champions.