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Pourquoi Meta court après l’IA sans jamais rattraper personne
En juin 2025, Meta a racheté 49 % du capital de Scale AI pour 14,3 milliards de dollars (environ 13,2 milliards d’euros). Scale AI, c’est une boîte spécialisée dans l’annotation de données : concrètement, elle prépare et étiquette les montagnes de données qui servent à entraîner les modèles d’IA. Le but réel de l’opération n’était pas vraiment d’acheter une entreprise. C’était de récupérer son fondateur, Alexandr Wang, qui dirige désormais le nouveau Superintelligence Labs de Meta.
Pourquoi cet emballement ? Parce qu’un an plus tôt, Mark Zuckerberg, CEO de Meta, avait promis que Llama 4 serait « la plus avancée du marché ». La « révolution annoncée » a fait long feu. Les premières versions ont déçu, et la déclinaison la plus puissante a d’abord été repoussée pour cause de performances insuffisantes, puis carrément abandonnée. Bref, le grand pari open source de Meta s’est cassé la figure en public.
Voilà le problème : malgré ces sommes, Meta reste un suiveur. Le chatbot Meta AI peine à s’imposer face à ChatGPT, Gemini ou Claude. À l’automne 2025, l’entreprise a supprimé environ 600 postes dans sa division IA, dont beaucoup dans l’équipe de Yann LeCun. Et au passage, elle a discrètement enterré sa philosophie open source, celle-là même qui avait fait sa réputation dans le milieu. Cette restructuration s’inscrit dans un plan plus large : Meta a aussi réorienté des milliers d’employés vers l’IA quitte à licencier ailleurs.
Le départ de Yann LeCun, en novembre 2025, en dit long. Le chercheur français, prix Turing et l’un des pères du deep learning, a quitté Meta après plus d’une décennie pour monter sa propre start-up, AMI Labs. Yann LeCun n’a jamais cru que les grands modèles de langage mèneraient à une intelligence supérieure à l’humain. Mark Zuckerberg, lui, mise tout dessus. Deux visions inconciliables, et c’est le scientifique qui est parti.
En avril 2026, Meta a sorti Muse Spark, le premier modèle du Superintelligence Labs. Ses résultats se rapprochent de ceux d’OpenAI, Google et Anthropic en compréhension du langage et de l’image. Sauf qu’il reste à la traîne en programmation et en raisonnement, deux domaines qui comptent énormément aujourd’hui. Autre changement net : Muse Spark est un modèle propriétaire, fermé, avec une API réservée à des partenaires triés sur le volet. Fini l’open source qui devient désormais une stratégie des entreprises chinoises, ainsi que celle du français Mistral.
Meta garde quand même une carte : ses plateformes. Muse Spark alimente déjà Meta AI et se déploie sur WhatsApp, Instagram, Facebook et Messenger. L’entreprise n’a pas besoin de convaincre qui que ce soit d’installer une nouvelle appli, ses milliards d’utilisateurs sont déjà là. Mais être intégré à WhatsApp ne veut pas dire être utilisé. Quand on a une question à poser à un chatbot, ce n’est toujours pas le réflexe Meta qui s’impose.
C’est peut-être le plus vertigineux. Loin de calmer le jeu, Meta accélère. L’entreprise a dépensé environ 72 milliards de dollars en investissements en 2025, et vise désormais entre 125 et 145 milliards en 2026, soit presque le double en un an. Lors de la présentation des résultats du premier trimestre 2026, ce chiffre a fait chuter l’action de plus de 6 % dans les échanges qui ont suivi. Zuckerberg, lui, assume : il préfère le risque de mal dépenser « quelques centaines de milliards » plutôt que celui d’avancer trop lentement sur ce qu’il consid*re comme la technologie la plus importante de l’histoire.
Un an et 14 milliards plus tard, la position de Meta n’a pas vraiment bougé : toujours en retard sur OpenAI, Google et Anthropic, sans produit IA que tout le monde reconnaît. Muse Spark prouve que l’entreprise sait encore produire un bon modèle, mais pas qu’elle peut changer les habitudes. Et tant que la publicité reste son vrai moteur de revenus, Mark Zuckerberg peut continuer à brûler des milliards sans que personne ne lui demande de comptes tout de suite.
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