// LES NUMÉRIQUES — MOBILE & WEB
Actualité : “Golfe persique” du Système solaire : le futur de l'humanité n'est ni sur la Lune ni sur Mars
Alors que tous les regards se tournent vers la Lune et Mars, une étude rappelle l'existence d'un véritable eldorado énergétique dans le Système solaire : Titan, le satellite naturel de Saturne. Si l'humanité doit un jour s'établir loin de la Terre, c'est sur cet astre qu'il faudrait parier.
© General Atomics (montage sur Banana) - Un vaisseau à propulsion nucléaire survole Titan (image d'illustration)
Oubliez la Lune, oubliez Mars. Si l’humanité doit un jour s’installer durablement au-delà de notre planète et ravitailler ses flottes spatiales, c’est vers une lune saturnienne très particulière qu’elle devra braquer ses télescopes… et ses moteurs. Telle est la conclusion d’une étude fleuve de 105 pages publiée sur arXiv et dirigée par le chercheur Conor A. Nixon (Goddard Space Flight Center/Nasa), qui analyse l’utilisation des ressources in situ de Titan. En matière de colonisation à long terme, ce monde glacé surclasserait scientifiquement tous ses concurrents.
Représentation des nombreuses et précieuses ressources chimiques présentes sur Titan.
Le principal obstacle à l’exploration spatiale reste effectivement le carburant, car arracher des tonnes de masse utile à la gravité terrestre coûte une fortune en tonnes de propergol. Propergol qui, du fait même de son poids, a besoin d’encore plus de carburant pour rejoindre l’espace. Vous suivez ?
Et sur ce point, la Lune et Mars affichent un bilan bien morne face à Titan, plus grande lune de Saturne et unique satellite du Système solaire doté d’une atmosphère dense (95 % d’azote et 5 % de méthane). Il s’agit en outre du seul astre, outre la Terre, à abriter des liquides stables à sa surface.
Or sur Titan, le méthane et l’éthane coulent à flots pour former des lacs et des mers, tandis que d'immenses dunes de plastiques organiques tapissent le sol. “Titan regorge d’hydrocarbures”, résume ainsi Conor Nixon. Méthane, propane et butane y sont donc directement accessibles. Mieux encore, la surface est constituée d'une glace d’eau aussi dure que la roche. En combinant cet or bleu aux hydrocarbures locaux, les pionniers de l'espace disposeraient d’une usine chimique à ciel ouvert.
De quoi synthétiser des plastiques, du caoutchouc, des solvants, des engrais azotés et même de la nourriture artificielle. L’omniprésence du carbone et de l’azote permet d’envisager l’impression 3D d'habitats entiers et une autonomie agricole totale. Tout l'inverse de Mars et de la Lune, qui dicteront un rationnement draconien et une dépendance vitale aux ravitaillements terrestres.
L'atmosphère de Titan constitue une protection efficace.
Qui plus est, vivre sur la Lune ou sur la planète rouge relève de l'enfer radiatif. Sans magnétosphère ni atmosphère épaisse, les colons encaisseront de plein fouet rayons cosmiques et tempêtes solaires, obligeant à enfouir les bases sous plusieurs mètres de régolithe.