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Actualité : “Un véritable dégoût” : le spatial français au bord du gouffre après 330 millions de coupes au CNES
330 millions d'euros de coupes en trois ans au CNES. Résultat : les investissements de laboratoires sont divisés par deux, la mission d'observation des orages est suspendue et la seule expérience française prévue sur la Lune se retrouve menacée. Puis, le 1er juin, Emmanuel Macron annonce l'achat de deux vols chez Vast, une start-up californienne. Facture : 55 à 70 millions d’euros.
© Fred Marie - Un soldat face à une maquette d'Ariane 5 au Centre spatial guyanais, à Kourou (Guyane). Le site perd 36 millions d'euros de crédits, effet de levier ESA compris.
Fin 2025, le CNES recevait de Matignon une commande brutale : trouver 330 millions d'euros d'économies sur la période 2026-2028, après avoir déjà absorbé 100 millions de coupes l'année précédente. Philippe Baptiste, PDG de l’agence, lançait dès janvier une revue complète de ses activités. Chaque ligne du plan à moyen terme était passée au crible. Le verdict, bouclé fin avril, se décompose en trois blocs.
Le premier, de 108 millions d'euros, regroupe les économies “indolores” : arrêts de missions partenaires et décalages calendaires. Le deuxième, de 95 millions, taille dans le fonctionnement même de l'agence, jusqu'aux investissements de laboratoires réduits de moitié. Le troisième, de 98 millions, gèle des missions futures, en particulier la contribution française à AOS (Atmosphere Observing System), un programme conjoint avec la NASA et la JAXA dédié à l'observation des phénomènes convectifs et la physique des orages.
Ça provoque un véritable dégoût parmi les collègues, pour qui ça a été d'une grande violence de l'apprendre par les médias.
Les coupes impactent aussi l'exploitation scientifique de missions en cours depuis des décennies (SOHO, Mars Express, Trace Gas Orbiter). Les enveloppes sont certes modestes — quelques dizaines de milliers d’euros —, mais leur raréfaction prive les équipes de stagiaires, de matériel, de frais de publication et de participation aux congrès. Olivier Berné, astrophysicien à Toulouse, a vu les crédits CNES de son équipe s'effondrer, passant de 20 000 € en 2025 à seulement 5000 € en 2026.
Le pavillon du CNES au Salon du Bourget en 2025. L'agence spatiale française doit économiser 330 millions d'euros d'ici 2028.
Le Centre spatial guyanais, unique port spatial opérationnel de l'Europe, perd de son côté environ 12 millions d'euros de crédits. Avec l'effet de levier de l'ESA (1 € français génère 2 € européens), la perte réelle pour le site de Kourou atteint 36 millions d'euros, au moment précis où il doit accueillir davantage de lancements et s'ouvrir aux acteurs privés.
L'amertume a redoublé le 1er juin. Lors du sommet Choose France, Emmanuel Macron a annoncé l'achat de deux vols spatiaux habités de deux semaines auprès de Vast, une start-up californienne, pour Thomas Pesquet et Arnaud Prost. La facture est estimée entre 55 et 70 millions d'euros, financés sur les lignes de France 2030.
Une telle somme aurait pu sauver AOS, mais on a préféré le passer par-dessus bord avec l'investissement dans les laboratoires, pour payer deux billets de voyage de quinze jours autour de la planète.