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"Un refus de maternité" : comment expliquer que certaines femmes tuent leur nouveau-né après une grossesse passée inaperçue
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Un homme a découvert les corps de cinq bébés dans l'appartement familial à Orange (Vaucluse), en début de semaine. Il a émis l'hypothèse de précédents dénis de grossesse de sa conjointe, mise en examen et incarcérée vendredi. Mais la notion est complexe et d'autres ressorts peuvent expliquer le meurtre de son bébé à la naissance.
Sa grossesse a été découverte de façon "très tardive". Après l'accouchement d'une femme à son domicile, il y a six jours, les corps de cinq nouveau-nés ont été retrouvés à Orange (Vaucluse), dans l'appartement familial d'un couple, déjà parent de deux enfants. "Troublé" par cet accouchement soudain, alors que sa compagne n'avait jamais déclaré sa grossesse, le père de 32 ans, qui a émis l'hypothèse de plusieurs dénis, a entrepris des recherches et mis au jour ces "restes humains", selon le parquet de Carpentras. Après le placement en garde à vue du couple, l'homme a été libéré jeudi soir, la femme mise en examen pour meurtre sur cinq mineurs de moins de 15 ans, d'avril 2018 à octobre 2025, et placée en détention provisoire, vendredi 31 juillet. L'enquête devrait permettre de comprendre ce qui s'est réellement passé.
A Saint-Etienne (Loire), une femme de 36 ans a aussi été mise en examen et incarcérée, jeudi, deux jours après la découverte du cadavre d'un nouveau-né dans un sac-poubelle. Déjà mère de quatre enfants, elle avait contacté le Samu mardi après-midi après avoir accouché à son domicile. Les médecins qui l'ont prise en charge ont parlé de déni de grossesse, selon ICI Saint-Etienne. Ces faits divers dramatiques font écho à d'autres affaires très médiatisées, comme celle de Véronique Courjault, condamnée à huit ans de prison pour avoir tué à la naissance trois de ses enfants, dont deux retrouvés par son mari dans un congélateur. Ou encore celle de Dominique Cottrez, condamnée en 2015 à neuf ans de prison pour un octuple infanticide.
Comment une femme peut-elle ignorer qu'elle est enceinte ? Aujourd'hui encore, les mécanismes de ce phénomène gardent une part de mystère, y compris pour les médecins. Le déni de grossesse apparaît dans Le Petit Robert, comme le "fait, pour une femme enceinte, de ne pas avoir conscience de son état". Plus largement, la notion de déni est psychanalytique, et recouvre le "refus de reconnaître une réalité traumatisante". "Ce déni ne touche pas qu'au psychisme. Il vient aussi s'inscrire dans le corps, c'est sa particularité", souligne Odile Verschoot, psychologue hospitalière en milieu carcéral, autrice de Du déni au crime et Ils ont tué leurs enfants (éditions Imago).
"Le fœtus vient grandir dans le corps comme un clandestin, sans aucun signe clinique ou physique de grossesse, ni pour la femme enceinte, ni pour son entourage."
"Certaines femmes rapportent des saignements interprétés comme des règles, peu ou pas de nausées, une prise de poids modérée et des mouvements fœtaux attribués à des troubles digestifs. On observe fréquemment que le fœtus se développe davantage dans l'axe vertical, ce qui rend la grossesse moins visible. Mais, dès la levée du déni, la paroi abdominale se relâche", expose Lucie Joly, psychiatre spécialisée en périnatalité. Pour autant, "il ne s'agit ni d'un mensonge, ni d'une dissimulation volontaire, ni d'un diagnostic psychiatrique en lui-même", pointe la praticienne, qui exerce au sein des hôpitaux Saint-Antoine et Trousseau, à Paris. "Si personne n'envisage l'hypothèse d'une grossesse, chacun interprète les mêmes indices dans une autre direction", ajoute-t-elle.
Une femme sur 500 apprend tardivement qu'elle est enceinte et une sur 2 500 s'en rend compte en accouchant, rapportait Le Monde début 2025. Dans la majorité des cas, ces dénis de grossesse ne se terminent pas en néonaticide. Ce mot, inventé en 1970 par un psychiatre américain, Phillip J. Resnick, est employé pour désigner le fait qu'un parent tue son nouveau-né le jour de sa naissance. On parle aussi d'inf