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L'État est-il à la hauteur de l'urgence climatique ? Quatre questions à une spécialiste de la gouvernance des crises
Alors que les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient cet été, des voix s'élèvent pour dénoncer l'inaction du gouvernement, qui ne semble pas développer d'approche globale du problème.
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La crise climatique et ses effets ravagent la France cet été. Les canicules successives, la sécheresse hors norme ou encore la multiplication des incendies ont de quoi faire monter le sentiment d'éco-anxiété chez de nombreux citoyens. Face à l'ampleur de cette crise, les décisions politiques semblent malgré tout insuffisantes, voire contre-productives. Un appel de citoyens pour "un plan d'urgence, d'adaptation et d'atténuation face au réchauffement climatique" a même été publié dans le média Vert lundi 3 août. Le même jour, Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes, énumérait des mesures contre l'inaction climatique de l'Etat, dans une tribune de Libération.
Après la vague de forte chaleur, la colère froide des internautes face à l'inaction climatique
Myriam Merad, directeur de recherche au CNRS et au Lamsade (Laboratoire d’Analyse et de modélisation des processus de décision) à l’Université Paris Dauphine, travaille notamment sur les questions liées à l'environnement, la soutenabilité, la résilience et l'adaptation. Elle s'interroge sur les choix du gouvernement en matière de transition écologique, mais rappelle qu'il faut différencier son action de celles des institutions publiques, qu'elle juge cruciales dans la lutte contre le dérèglement climatique.
franceinfo : Les décisions politiques actuelles sont-elles à la hauteur de l'urgence climatique, selon vous ?
Myriam Merad : La première chose que j'observe, c'est une gestion dans l'urgence des problèmes. C'est-à-dire que ne se dégage pas une pensée, ni une trajectoire politique d'amélioration. Les acteurs du gouvernement agissent en pompiers. Ils sont submergés par un certain nombre de petites ou grandes crises à éteindre. Et comme, intrinsèquement, le changement fait que les crises augmentent, ils sont de plus en plus submergés et ne se posent plus la question de la cohérence de leurs choix sur le long terme.
"Il y a un manque d'anticipation, de vision globale de ce qui est en train de se construire."
La seconde, c'est qu'on est dans le culte de soi. On n'est plus dans le politique au sens de la politique de la cité. C'est-à-dire qu'on n'a plus des élus qui pensent à l'intérêt public. On est sur un culte de l'ego, il faut exister, faire le bon mot et le faire contre l'autre tendance politique. On n'est plus sur la cohérence. On peut se disputer politiquement, mais l'objectif, c'est de garder le cap de l'intérêt commun. On est sur une instagramisation, une tiktokisation de l'action politique : il faut apparaître et être. Et ce n'est pas possible de fonctionner ainsi quand on a des élus à qui on a délégué des responsabilités importantes pour notre intérêt commun. Là, on peut dire que ce n'est pas à la hauteur.
La troisième chose, c'est la durée. C'est-à-dire que peu importe le courant politique, on doit penser à la transmission du bâton et non pas à casser l'action qui a été faite avant et ce qui sera fait après. On a une espèce de culture de l'instant : "Après moi, le déluge". On est dans une forme de rupture et d'égoïsation de l'action politique. En ce sens, ce n'est pas à la hauteur. Et pour finir, le lien avec les scientifiques. Ils sont là pour faire de l'aide à la décision, pour fournir un éclairage scientifique de manière à imaginer ce que pourraient être les actions et quelles sont les conséquences si on ne fait pas certaines choses. C'est aux politiques de mettre en place un certain nombre d'actions. Il faut retravailler main dans la main entre le politique et le scientifique, mais que chacun se tienne à son poste et ne capte pas le rôle de l'autre.