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Actualité : J'ai lu le manifeste sur l'IA de Mark Zuckerberg, ce fut douloureux et particulièrement gênant
Mark Zuckerberg nous a fait l'immense honneur de partager son manifeste sur l'IA. Un texte de plusieurs milliers de mots rempli de grandes promesses à propos d'une superintelligence personnelle que chacun aurait dans sa poche. Mais derrière ce texte, c'est surtout la gêne à la lecture quand on connaît le palmarès du bonhomme et de Meta.
Mais doit-on vraiment croire l'homme derrière tous ces scandales de données personnelles avec des règles qui autorisent depuis peu les discours haineux sur Facebook et Instagram ? Le manifeste de Mark Zuckerberg s'appelle "The Future Is for Everyone", soit "le futur est pour tout le monde" dans la langue de Molière. Un texte publié sur le site de Meta et signé par le milliardaire lui-même d'un sobre "- Mark."
Dedans, le milliardaire nous parle de trois principes : "L'autonomisation individuelle comme source de prospérité, l'invention comme objectif premier de la superintelligence et l'équilibre des pouvoirs comme fondement de la sécurité."
Le patron de Meta en profite pour tacler la vision de ses concurrents, OpenAI et Anthropic, qui, selon lui, sont coupables de concentrer l'IA entre quelques mains. Il faut dire que Mark Zuckerberg est là pour défendre son steak. Meta a créé ses Superintelligence Labs, recruté des chercheurs à prix d'or et prépare une nouvelle génération de modèles propriétaires.
Ce manifeste soi-disant philosophique du grand penseur que serait Mark Zuckerberg n'est qu'un prospectus commercial, soyons clairs. Quand le dirigeant promet un agent "qui vous comprend, comprend vos objectifs et tout ce qui compte pour vous", c'est surtout un produit que Meta tente de vous vendre.
Un passage du texte se veut rassurant, mais sonne surtout comme un aveu. Mark Zuckerberg explique que ses futurs agents IA auront des protections de vie privée "bien supérieures" à celles de Meta AI. Le dirigeant reconnaît donc que ses modèles ne protègent pas assez les utilisateurs.
Il faut dire que l'homme parle en expert des dérives de la vie privée. La FTC a infligé à Facebook une amende record de 5 milliards de dollars en 2019 après le scandale Cambridge Analytica. Tout le modèle économique de Meta repose sur la collecte des données personnelles pour vous vendre de la publicité ciblée. Alors, il faut une sacrée dose de confiance pour remettre "tout ce qui compte pour vous" à une telle entreprise.
Et puis, l'esprit général de Meta ne dit rien qui vaille. En janvier 2025, Mark Zuckerberg a supprimé le programme de vérification des faits et réécrit les règles de modération de ses réseaux sociaux. Notamment, les nouvelles règles autorisent de manière explicite "les allégations de maladie mentale ou d'anormalité fondées sur le genre et l'orientation sexuelle".
Derrière cette phrase, n'importe qui peut poster des messages transphobes ou homophobes sans être inquiété. Mais aussi des contenus antisémites, racistes, xénophobes, soit littéralement : des propos qui tombent sous le coup de la loi en Europe. Les documents de formation internes récupérés par le média The Intercept listent les insultes racistes contre les immigrés parmi les exemples de messages autorisés. Idem pour les appels à exclure des personnes de certains métiers selon leur genre et leur orientation sexuelle. Pas très glamour quand on essaie de vendre sa superintelligence.
Alors question : a-t-on envie d'utiliser une superintelligence qui peut avoir de possibles biais haineux alignés sur la politique de modération de Meta ? Les personnes visées par ces règles apprécieront de savoir que l'entreprise qui promet "l'autonomisation individuelle" est OK avec le fait de les laisser se faire insulter sur ses réseaux sociaux.
Le texte de Mark Zuckerberg, tout comme son passif, est justement la raison pour laquelle personne ne veut de son IA. C'est même une bonne chose que ce texte ait été publié pour constater la déconnexion du dirigeant. Dans son manifeste, le milliardaire liste les biorisques, la surveillance de masse et les armes de sécurité