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La PS6 n'a toujours pas de date : Sony l'admet et évoque la pénurie de mémoire
Six ans de PS5, des rumeurs qui reculent d'année en année, et un patron qui garde son calendrier sous clé. Le plus curieux dans cette histoire : chez Sony, l'absence de date semble arranger à peu près tout le monde.
La PlayStation 5 a soufflé ses cinq bougies en novembre dernier, et sa remplaçante reste un mirage sans calendrier officiel. Interrogé par le Wall Street Journal, le PDG de Sony Hiroki Totoki confirme qu'aucune date de lancement n'a été arrêtée pour la PS6. Une posture qui doit autant à la pénurie mondiale de mémoire qu'à la mue profonde d'un groupe pour lequel la console a cessé d'être le centre de gravité.
La déclaration au quotidien américain prolonge une position que le dirigeant tient depuis plusieurs mois. Lors de la présentation des résultats annuels du groupe, le 8 mai dernier, Totoki répondait déjà à une question sur le coût des composants : « Nous n'avons pas encore décidé du moment du lancement, ni des prix ». Le patron de Sony précisait alors que les tarifs de la mémoire resteraient très élevés sur l'exercice 2027, faute d'offre suffisante. Il assurait dans le même temps que les volumes nécessaires à la production de PS5 étaient sécurisés jusqu'à la fin 2026.
Les prix de la RAM ont bondi de 600 % en un an, aspirés par les centres de données de l'intelligence artificielle. TrendForce anticipait de son côté un doublement sur le seul premier trimestre 2026 (oui, un doublement, en trois mois). Bloomberg révélait en février que Sony envisagerait de repousser sa console à 2028, voire 2029, quand d'autres indiscrétions assuraient au contraire que la sortie ne serait pas décalée. La même agence rapportait que Nintendo réfléchirait de son côté à augmenter le prix de la Switch 2, ce qui ne s'est pas fait attendre.
Les fenêtres de sortie qui circulent (2027 chez les informateurs, 2028 ou 2029 chez les analystes) restent donc des projections, jamais des engagements. La seule certitude officielle : cette date n'existe pas encore, même dans les bureaux de Tokyo.
Comment expliquer une telle sérénité ? Le Sony de 2026 ressemble de moins en moins à un fabricant d'électronique et de plus en plus à un studio hollywoodien doublé d'une maison de disques (avec un rayon consoles au fond du magasin, tout de même, lui, bientôt sans disques). Films, musique et jeux génèrent l'essentiel des revenus du groupe, et les plateformes PlayStation viennent d'atteindre un record de 125 millions d'utilisateurs actifs mensuels. Avec 95,3 millions de PS5 expédiées au 30 juin et un parc de joueurs qui dépense sans faiblir, chaque trimestre d'attente rapporte davantage qu'il ne coûte.
La pénurie tombe donc presque à point nommé. Repousser le lancement évite de fabriquer une machine hors de prix, la mémoire pesant désormais plus du tiers du coût de fabrication d'une console, pendant que l'écosystème actuel tourne à plein régime. L'ironie du dossier veut que la même vague d'intelligence artificielle qui assèche les stocks de mémoire serve déjà les studios de Sony, lesquels l'utilisent notamment pour automatiser l'animation des chevelures de leurs personnages (les priorités sont ce qu'elles sont).
Reste la déclaration la plus intrigante du 8 mai. Totoki évoquait des simulations multiples autour de la commercialisation de la future machine, y compris un changement de modèle économique. Abonnement, console subventionnée par les services, location longue durée : le dirigeant n'a rien détaillé. À l'heure où plus de 80 % des jeux PlayStation se vendent en dématérialisé, l'hypothèse d'une machine qui ne s'achèterait plus comme ses aînées mérite pourtant d'être prise au sérieux. Sony a déjà tâté le terrain de l'abonnement avec ses formules PS Plus, sans jamais franchir le pas côté matériel.
En attendant, la PS5 a de longues années devant elle, et les 900 euros de la PS5 Pro risquent de passer, d'ici au lancement de sa remplaçante, pour un souvenir presque attendrissant.