// FRANCEINFO FAITS DIVERS — CRONACA
Meurtre de Thomas à Crépol : le parquet de Valence conteste la circonstance aggravante de racisme retenue par les juges d'instruction
Le 23 juillet, la circonstance aggravante de racisme avait été retenue contre les 14 personnes mises en examen. Elle est finalement contestée par le parquet de Valence dans son réquisitoire définitif, rendu lundi et consulté par franceinfo.
Pour sauvegarder cet article, connectez-vous ou créez un compte franceinfo
Le parquet de Valence (Drôme) conteste le caractère raciste du meurtre de Thomas Perotto à Crépol en novembre 2023, dans son réquisitoire définitif rendu lundi 17 août, un document consulté par France Inter et franceinfo, confirmant une information du Point.
Meurtre de Thomas à Crépol : "Je m'interroge si on a pu céder ou pas à une pression médiatique ou politique", indique un avocat après l'annonce de la circonstance aggravante de racisme
Le 23 juillet, la circonstance aggravante de racisme avait été retenue par les juges d’instruction contre les 14 personnes mises en examen, après deux ans et demi d'enquête. Les suspects étaient auparavant poursuivis pour "meurtre en bande organisée". Fin juillet, les juges avaient estimé que la mort de Thomas a pu lui être donnée en raison de son appartenance à "la race blanche et à la nation française".
Mais lundi, dans son réquisitoire définitif, le parquet de Valence a maintenu ce qu’il avait déjà analysé dans son précédent réquisitoire en juin. Il précise cette fois que les témoignages qui évoquent des propos racistes sont très minoritaires, variables et imprécis, voire contradictoires. Et qu’aucun témoin n’est capable de les attribuer précisément à l’un ou l’autre des mis en cause. Ce qui, en soi, ne permet pas, selon le parquet de Valence, de retenir cette circonstance aggravante de racisme contre la race blanche et la nation française.
Dans son réquisitoire définitif, le parquet de Valence demande cependant aux juges de retenir la circonstance aggravante de concomitance : après le meurtre de Thomas Perotto, deux autres participants au bal ont également été la cible d’une tentative de meurtre, ce qui alourdit les charges qui pèsent contre les 14 personnes mises en examen. Cela ne change rien à la peine maximale encourue, ils risquent déjà la réclusion à perpétuité. C’est maintenant aux juges d’instruction de Valence de dire s’ils retiennent ou pas ces circonstances aggravantes de racisme et de concomitance.
"Nous allons présenter des observations demandant la confirmation des circonstances aggravantes de racisme et de concomitance et attendre en toute confiance et sérénité la décision à intervenir des juges d’instruction", commente Denis Dreyfus, avocat de l'association des victimes du bal de Crépol, sollicité par France Inter. "Car la mémoire de Thomas et des victimes ne peut s’accompagner de balbutiements au gré des observations des parties, mais s’asseoir sur la rigueur du droit et la conviction de la vérité qui ont permis la requalification par les juges il y a quelques semaines. Le débat n’est pas celui de l’instrumentalisation, mais du droit et de la rigueur", commente Denis Dreyfus.
"Lorsque plusieurs témoignages font état de propos anti-français, anti-blancs, cette dimension ne peut être balayée d’un revers de main par le parquet, représentant des intérêts de la société, déplore Lara Fatimi, avocate de l’association Léa (Lutte pour l’égalité dans l’antiracisme), sollicitée par franceinfo. Le racisme ne saurait être reconnu ou écarté selon l’identité de ceux qui en sont victimes, nous attendons désormais la qualification sous laquelle les juges d’instruction renverront les mis en examen devant la cour d’assises".
"Toute la scène a été numérisée" : deux ans après la mort de Thomas à Crépol, une reconstitution virtuelle en 3D pour tenter d'élucider l'affaire