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Tribune : La conquête spatiale entre dans une nouvelle ère
Si le Soleil a encore environ 5 milliards d’années à « vivre », la montée progressive de sa luminosité pourrait rayer la vie de la surface de la Terre bien avant cela. En cause, notamment, l’effet combiné du réchauffement et de la baisse du CO2 atmosphérique sur la photosynthèse. Si certains modèles ne donnent ainsi à la vie terrestre plus que 1 milliard d’années d’existence, une nouvelle étude se veut plus optimiste.... Lire la suite
Astronaute européen, fondateur d'Air Zero G, et ambassadeur de Venturi Space
La conquête spatiale change de rythme et de nature. Pendant des décennies, elle a été l’affaire des grandes agences gouvernementales et des astronautes professionnels. Aujourd'hui, elle associe entreprises privées, laboratoires, investisseurs et nouveaux pays spatiaux. Cette multiplication des acteurs accélère les projets, mais elle ne doit pas nous faire oublier que l’espace reste un milieu extrême, hostile, et coûteux.
Pour atteindre l'orbite terrestre, il faut passer en quelques minutes de l'immobilité à près de 28 000 kilomètres par heure. Sur ce point, rien n'a changé depuis les premières missions Apollo. Cette performance exige une dépense d'énergie colossale. Pour y parvenir, nous utilisons encore, pour l'essentiel, la propulsion chimique, c'est-à-dire des systèmes très puissants fondés sur des réactions explosives. Ils sont efficaces, mais chers, complexes et risqués. Pour autant, dans l'immédiat, le véritable enjeu ne se situe pas nécessairement là, bien qu'il nous faudra pouvoir aller plus vite si nous voulons accélérer l'exploration spatiale.
La prochaine révolution sera celle de l'autonomie. Pour aller sur Mars, les délais de communication imposeront aux équipages de pouvoir décider davantage par eux-mêmes, sans dépendre de la Terre. L’intelligence artificielle pourra aider à diagnostiquer une panne, planifier une mission, gérer la consommation d'énergie et assister les astronautes dans leurs tâches quotidiennes. La robotique préparera les sites, inspectera les structures et accomplira les travaux les plus dangereux.
La Nasa, pour laquelle j'ai effectué trois missions dans les années 1990 à bord des navettes Atlantis et Discovery, développe déjà des systèmes autonomes capables de s'adapter à des conditions changeantes. Nous devons aussi apprendre à tirer parti des ressources disponibles sur place. Une présence durable sur la Lune suppose d'utiliser le régolithe pour protéger les habitats, de mettre à profit certains métaux pour fabriquer des pièces, de réchauffer la glace lunaire pour produire de l'eau, de l'oxygène ou des ergols. L'Agence spatiale européenne considère cette utilisation des ressources in situ comme une condition de l'exploration durable, en lien avec la robotique, l'autonomie et les procédés industriels.
Ces technologies transformeront le métier d'astronaute, dont la mission consiste depuis toujours à être un opérateur de machines complexes dans un environnement extrême, hostile, confiné et isolé. Les vaisseaux modernes sont de plus en plus automatisés, et des passagers non professionnels peuvent déjà voler sans pilote de métier à bord. Dans les futures stations spatiales, les astronautes seront de plus en plus spécialisés : maintenance, énergie, plomberie, robotique, gestion des ressources, sécurité, opérations scientifiques. L'espace deviendra un écosystème professionnel.
Dans cinquante ans, des humains auront marché sur Mars et des équipages séjourneront régulièrement sur la Lune. Le vrai défi sera d'arriver à habiter ces nouveaux environnements. Nous devrons progressivement apprendre à vivre ailleurs.
L’exploration spatiale doit renforcer notre responsabilité terrestre, et non l'inverse
Il faut cependant se garder d'un discours dangereux qui présente Mars comme une planète de rechange. L'humanité ne doit pas conquérir l'espace pour abandonner la Terre. Notre planète est infiniment plus belle et accueillante que tout ce que nous connaissons. Vue depuis l'espace, elle est tout simp