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Une reprise de Madonna par un DJ pousse l'Australie à bannir l'IA de ses charts musicaux
L'Australie vient de bannir la musique générée intégralement par intelligence artificielle de ses classements officiels. Une décision qui fait suite à la polémique autour d'une reprise de Madonna par le DJ Josh Fawaz, propulsée en tête des charts avant la révélation de son origine artificielle.
Il aura suffi d'une reprise détournée de l'iconique tube de Madonna, Like a Prayer, pour faire trembler les certitudes de l'industrie musicale australienne. Propulsée en tête des ventes avant que son créateur ne révèle discrètement son origine artificielle, la chanson a mis en lumière un certain angle mort réglementaire. Du coup, l'ARIA, l'organisme qui régule les charts du pays, a annoncé mardi 25 août avoir décidé de siffler la fin de la récréation pour les morceaux sans véritable patte humaine.
Tout a commencé avec cette reprise signée Josh Fawaz, un DJ australien peu connu jusque-là, qui voulait donner une nouvelle vie à Like a Prayer, l'un des titres les plus emblématiques de Madonna. La musique est rapidement propulsée numéro un du classement dance, numéro deux du classement général, avec plus de 48 millions d'écoutes sur Spotify et une place de choix sur les playlists radio. Sur YouTube, elle a dépassé les 22 millions de vues.
Sauf qu'une bonne partie du morceau doit tout à l'intelligence artificielle générative, une information que Fawaz n'a ajoutée aux crédits qu'après coup, une fois la polémique lancée. Madonna, elle, n'a rien demandé à personne, même si sa chanson culte se retrouve malgré elle au centre d'un débat qui va au-delà de sa reprise. Il n'en fallait pas plus pour renforcer les inquiétudes du Premier ministre australien Anthony Albanese, qui promettait dès juillet une protection renforcée pour les créateurs australiens face à l'IA. Vous noterez d'ailleurs que le pays des kangourous est très à cheval sur les nouvelles technologies en général, comme on a pu le voir avec les réseaux sociaux, interdits aux moins de 16 ans désormais sur place.
L'Australian Recording Industry Association (ARIA) a donc réagi, et plutôt vite. L'organisme a annoncé mardi avoir mis à jour son Code de bonne conduite, avec une entrée en vigueur fixée au classement du 31 août. Un vrai signal envoyé à toute une industrie encore tâtonnante face à l'IA générative, et salué par plusieurs artistes locaux, à l'image du duo électro Peking Duk, dont le membre Adam Hyde estime que l'IA générative « retire l'expérience humaine » à la musique.
En Australie, avec les nouvelles règles, un titre reste éligible aux classements tant qu'il est jugé « substantiellement fait par un humain ». La voix principale et les instruments doivent être interprétés par de vraies personnes (ce qui, au passage, pourrait faire douter de nombreux compositeurs et DJs, qui créent de la musique par ordinateur depuis des années, et ils ne sont pas les seuls), même si l'IA peut continuer à intervenir sur le mastering ou certains effets comme l'auto-tune. Seuls les morceaux entièrement générés par une machine sont recalés. Autre nouveauté : chaque artiste devra désormais déclarer explicitement tout recours à l'IA au moment de soumettre son titre à l'ARIA.
Quid des sanctions ? L'ARIA dit pouvoir retirer un titre des classements, ajuster rétroactivement ses positions, voire exiger la restitution d'un trophée de numéro un déjà décerné. De quoi refroidir les velléités de triche via l'IA, tout en laissant aux artistes et à leurs équipes la possibilité de contester une exclusion qu'ils jugeraient abusive.
La décision australienne s'appuie sur des lignes directrices internationales fixées par l'IFPI, la fédération mondiale de l'industrie phonographique. Elle fait écho à une initiative similaire prise plus tôt cette année en Suède. Peut-être que ce petit séisme poussera d'autres pays à statuer à leur tour.