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Et si le temps d’écran n’était pas si mauvais pour le cerveau des adolescents ?
Une équipe de chercheurs finlandais associe, après un suivi de huit ans, un temps d’écran plus élevé depuis l’enfance à un meilleur traitement cognitif à l’adolescence, à rebours des craintes habituelles sur les écrans. Les scientifiques ont mesuré l’apprentissage, l’attention et la mémoire de travail à l’aide d’une batterie de tests spécialisés.
Le traitement cognitif a été évalué avec la batterie de tests CogState, consacrée à l’apprentissage, l’attention et la mémoire de travail. Le temps d’écran a été mesuré par questionnaire déclaratif et l'activité physique ainsi que le temps sédentaire étaient évalués à l’aide d’un capteur combinant fréquence cardiaque et mouvement, complété par un questionnaire.
Des travaux antérieurs avaient établi un lien entre sédentarité et performances scolaires plus faibles, et les écrans sont la principale cause d’immobilité chez les enfants. L’équipe pensait donc que davantage de temps d’écran affaiblirait les capacités cognitives des adolescents suivis. Petri Jalanko a trouvé ce résultat plus surprenant que tout autre obtenu par son équipe. La nature de l’activité importe davantage que sa durée, selon lui. « Le temps d'écran peut soutenir le traitement cognitif des enfants et des adolescents », a-t-il déclaré, en particulier lorsqu’il implique une réflexion active, de la résolution de problèmes, de la créativité ou de l'’apprentissage.
Chez les filles, une activité physique de faible intensité est associée à une meilleure mémoire de travail. Chez les garçons, c’est l'activité physique encadrée par un adulte qui produit cet effet.
Mais un autre constat interroge les chercheurs. L'activité physique non encadrée, mesurée par les propres déclarations des adolescents, est associée à un meilleur traitement cognitif général, à l’inverse de ce que suggéraient les mesures par capteur.
Les chercheurs recommandent malgré tout la pratique d’une activité physique régulière associée aux usages numériques stimulants, plutôt que de privilégier l’une au détriment de l’autre.
Plus alarmant encore, les adolescents utilisateurs présentent aussi davantage de troubles anxieux et dépressifs ; les filles sont les plus touchées. Ses auteurs établissent par ailleurs un lien avec les troubles alimentaires, via l’exposition à des standards de beauté inatteignables. 58 % des 12-17 ans utilisent les réseaux sociaux quotidiennement, et 42 % d’entre eux passent entre deux et cinq heures par jour sur ces plateformes.
Cette nouvelle étude finlandaise a certes de quoi surprendre et elle concerne le lien entre le temps d’écran et ses effets sur le cerveau, mais fera-t-elle le poids face aux décisions prises par certains pays pour protéger les adolescents des dangers des écrans, et in fine, des réseaux sociaux ?
Le Parlement a adopté, le 21 juillet, une loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, votée par 279 voix contre 81 à l’Assemblée nationale et par 243 voix contre 2 au Sénat. Emmanuel Macron et l’ancien Premier ministre Gabriel Attal soutenaient cette proposition. Le Parlement imposait aussi aux plateformes de vérifier l’âge de l’ensemble de leurs utilisateurs, YouTube et WhatsApp compris pour certaines fonctions, sous peine de sanctions réservées aux seules entreprises.
Des députés de La France insoumise et du Parti socialiste ont saisi le Conseil constitutionnel deux jours après ce vote. Le 14 août, les Sages ont censuré la loi, jugée contraire à la liberté d’expression garantie par l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme. Le Conseil constitutionnel a jugé son périmètre trop large, incapable de distinguer les plateformes à risque des messageries collaboratives ou éducatives. Les Sages ont aussi retenu l’ampleur de la collecte de documents d’identité qu’aurait entraînée une vérification d’âge généralisée. En attendant, on apprend que les mineurs ont déjà trouvé la parade, et elle est toute simple : ils consultent des sites pornos sans vérification de l'’âge.