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VIDEO. Suède : une affaire criminelle vieille de seize ans résolue en cinq semaines grâce à la généalogie génétique
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Jean-François Gringoire, Hervé Dhinaut, Eléonore Gay
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Pascal Doucet-Bon
Seize ans après un double meurtre qui a longtemps mis les enquêteurs suédois à l'épreuve, un suspect a été identifié grâce à la généalogie génétique. Une méthode récente qui permet de remonter un arbre familial en croisant l'ADN retrouvé sur les scènes de crime avec des bases de données privées.
C'est une nouvelle technique qui révolutionne les enquêtes criminelles : la généalogie génétique permet de résoudre en un temps record des cold cases, ces affaires non élucidées qui hantent la mémoire collective. Très populaire aux Etats-Unis, ce procédé de recherche combinant ADN et généalogie a été expérimenté en Europe pour la première fois en 2020 par les Suédois afin d’élucider l'une des plus mystérieuses histoires criminelles du pays.
En Suède, l’enquête sur le double meurtre de Linköping est restée figée pendant seize ans alors même que la police scientifique disposait du profil ADN de l’agresseur. En octobre 2004, Mohammed, 8 ans, est tué d'une trentaine de coups de couteau sur le chemin de l'école. Anna Lena Svensson, 56 ans, qui passe par là, tente de lui porter secours. Elle est poignardée à son tour et décédera peu après. Sur les lieux, la police trouve tout de suite l'arme du crime ; 300 mètres plus loin, dans un kiosque à journaux, le tueur a même abandonné son bonnet avec des traces de son propre sang. Deux pièces à conviction qui vont permettre au laboratoire médico-légal d'isoler l'ADN du tueur pour établir son profil génétique. Mais le meurtrier n’avait pas commis de crime dans le passé et ne figure donc dans aucun registre.
Quand l'ADN trouvé ne correspond à aucun profil enregistré dans les fichiers de la police, la généalogie génétique, elle, permet d'élargir la recherche à des millions d'autres profils. Notamment aux États-Unis où de nombreuses start-ups possèdent d’immenses banques de données alimentées par la vente de kits de test ADN auprès de particuliers à la recherche de leurs origines. Analysées et stockées, leurs informations sont souvent rendues accessibles aux forces de l’ordre. L'objectif est de trouver des liens de parenté, même très éloignés, pour remonter jusqu'aux suspects.
En 2018, alors que l’enquête piétine, Jan Staaf, le policier en charge de l’affaire, entend parler de l'arrestation en Californie du tueur du Golden State, qui a commis 13 meurtres et une cinquantaine de viols. Il est retrouvé après quarante-quatre ans de cavale grâce à un lointain cousin qui a donné son ADN sur un site de généalogie pour retrouver ses origines. Avant même de comprendre la méthode et d'obtenir l'autorisation de l'expérimenter, l’enquêteur est contacté par le généalogiste Peter Sjölund qui lui propose son aide : "Je ne connaissais rien à la généalogie. J'étais un peu méfiant et je pensais 'est-ce que c'est comme ça qu'on va résoudre cette affaire ? Je suis sceptique, j'en doute'...", se souvient Jan Staaf.
Une liste est établie de toutes les personnes qui ont ne serait-ce qu'un tout petit tronçon d'ADN en commun avec le suspect. Commence alors le travail classique de recherche du généalogiste. Peter Sjölund se rend aux archives nationales avec sa liste. "Dans le cas de Linköping, j'avais 800 correspondances ADN, pour la plupart minuscules, remontant peut-être à mille ans. Mais les 10 en haut de la liste étaient probablement apparentés au plus tard au XVIIIe siècle. L'ADN montre qu'ils sont liés au meurtrier, mais ne dit pas comment. Je dois trouver comment ils sont liés les uns aux autres. Je commence donc à remonter tous leurs arbres généalogiques dans le passé pour voir où ils se rejoignent", explique-t-il.
Le généalogiste consulte une source précieuse : les registres paroissiaux de l'Église de Suède, à jour depuis le XVIIe siècle. Toutes les personnes de la liste s'avèrent être originaires de la région de Linköpin