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« BYD ne se voit pas comme un constructeur automobile » : la claque reçue par un ex-cadre de Stellantis
Dans les anciens locaux où Wang Chuanfu, fondateur de BYD, a assemblé ses premières batteries il y a plus de trente ans pour des téléphones mobiles, nous avons pu échanger pendant une trentaine de minutes avec Alfredo Altavilla, conseiller spécial de BYD pour l’Europe. Ancien bras droit de Sergio Marchionne chez Fiat Chrysler (FCA), dont il a dirigé les activités Europe, Afrique et Moyen-Orient jusqu’en 2018, l’Italien connaît parfaitement l’industrie automobile européenne.
Son arrivée chez BYD lui a pourtant réservé quelques surprises. Culture technologique, vitesse de développement ou encore organisation interne : son regard offre un éclairage rare sur ce qui distingue aujourd’hui le constructeur chinois des groupes automobiles traditionnels.
Nous faisons partie d’un petit groupe de journalistes européens invités à Shenzhen pour interroger Alfredo Altavilla. Depuis plusieurs jours, BYD nous a ouvert les portes de son univers : musée, siège historique, démonstrations technologiques, usine, conférence sur sa nouvelle puce… Cet entretien apporte un autre point de vue. Là où les responsables chinois détaillent les technologies et les ambitions du groupe, l’ancien dirigeant de Fiat Chrysler livre un regard plus extérieur sur ce qui l’a réellement surpris en découvrant BYD de l’intérieur.
Alfredo Altavilla a rejoint BYD fin août 2024 comme conseiller spécial pour l’Europe, après avoir notamment présidé la compagnie aérienne ITA Airways. Sa mission : aider à structurer l’organisation et la distribution du groupe sur le continent, au moment où BYD y installe ses premières usines de voitures, en Hongrie puis en Turquie.
Le but de cet entretien ? Comprendre ce qui fait aujourd’hui la singularité de BYD alors que le groupe est devenu l’un des acteurs majeurs de l’automobile mondiale. À écouter Altavilla, la première erreur consiste justement à voir BYD comme un constructeur automobile classique.
Après plusieurs décennies passées dans l’industrie automobile européenne, Alfredo Altavilla explique que le premier choc culturel en arrivant chez BYD en 2024 concerne la manière dont l’entreprise se définit elle-même. « Très souvent, les dirigeants de BYD ne parlent pas de leur entreprise comme d’un constructeur automobile, mais comme d’une entreprise technologique », explique-t-il. Pour lui, cette différence de perception est fondamentale et c’est ce qui distingue l’entreprise de la concurrence. « Ce que BYD vend avant tout, c’est un engagement technologique », poursuit-il.
Une approche qui transparaît d’ailleurs dans le discours du groupe. Altavilla raconte qu’en interrogeant Wang Chuanfu sur la mission de BYD, le fondateur ne répond pas en termes de parts de marché, ni de chiffre d’affaires ou de rentabilité. « Notre mission est de faire baisser la température de la planète d’un degré », résume-t-il.
Un message que nous avons effectivement retrouvé à plusieurs reprises lors de nos visites dans les différents sites du groupe à Shenzhen. Pour l’ancien dirigeant européen, cette vision explique aussi une partie des différences observées chez BYD, à commencer par le fonctionnement même de l’entreprise.
Lorsqu’on lui demande ce qui l’a le plus marqué en rejoignant le groupe chinois, Altavilla cite une expression utilisée en interne : le « BYD Way ». Derrière ce qui ressemble à un slogan, il décrit une méthode bien réelle, qui repose sur deux piliers : une exigence élevée et une exécution très rapide.
« Le BYD Way signifie la capacité à être incroyablement exigeant et incroyablement rapide dans le développement de solutions », explique-t-il. Cette rapidité ne se limite pas au développement d’un nouveau véhicule. Elle concerne également les améliorations apportées en continu aux produits existants.