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"L'avidité, j'en suis loin Monsieur le procureur" : pour ses derniers mots à la barre, Rachida Dati dans le registre de l'émotion
Au dernier jour de son procès pour corruption, la maire du 7e arrondissement de Paris s'est adressée aux deux représentants du Parquet national financier, qui ont réclamé à son encontre de lourdes peines. La décision est attendue le 21 janvier 2027.
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Lorsque Rachida Dati est appelée à la barre pour prononcer ses derniers mots, en clôture de son procès pour corruption, lundi 28 septembre, cela fait un peu plus de douze heures que l'audience est ouverte. La prévenue a patienté sur un strapontin, presque recroquevillée, dos au public, le regard vers sa défense. Quand elle se déploie devant le pupitre, face au tribunal correctionnel de Paris, la maire du 7e arrondissement, qui demande sa réintégration dans la magistrature, se tourne pour la première fois en six jours d'audience vers le duo de procureurs du Parquet national financier (PNF).
Rachida Dati dénonce la "condescendance" et le "mépris" des réquisitions du Parquet national financier, la décision sera rendue le 21 janvier
Dans la matinée, les représentants du PNF ont réclamé sa condamnation pour les faits reprochés et des peines lourdes à son encontre : quatre ans de prison dont deux ans ferme aménageables, assortis d'une peine complémentaire avec exécution provisoire de cinq ans d'inéligibilité, d'interdiction de la fonction publique et d'exercice de la profession d'avocate, c'est-à-dire avec application immédiate. Des réquisitions que sa défense a qualifiées de "mort civile", jeudi après-midi.
Alors quand Rachida Dati s'exprime à son tour, elle choisit elle aussi de répondre aux magistrats du PNF. "J'ai été à votre place, entame-t-elle. Je n'ai jamais été dans le mépris, jamais dans l'arrogance, pas plus que dans l'empathie. Simplement, j'essayais de comprendre, de prendre en compte certaines situations." Sa voix chevrote et s'enraye, trahissant l'émotion qui s'empare d'elle. "La force de la magistrature, ce n'est pas de faire le droit, c'est de le faire avancer, et de le faire avancer dans le bon sens", lance-t-elle.
Rachida Dati se place ensuite sur un plan plus personnel. Un pas de côté qu'elle s'était refusée à faire jusqu'ici : "Dès que je parle de ma fille, on me dit que je me victimise." "Ces réquisitions, ce n'est pas du droit", déclare la prévenue. Une phrase qu'elle répète à plusieurs reprises au cours de cette prise de parole développée, malgré l'heure avancée de la soirée. Mais elle a beaucoup à dire au PNF : "Vous avez dit ce matin que j'avais l'esprit de lucre : quelle condescendance, quel dénigrement ! Oui, je travaille pour que mes huit sœurs soient libres.
"Oui, j'ai gagné de l'argent, car je voulais rester indépendante de la vie politique."
"Alors on me caricature. Pour Rachida Dati tout est toujours suspect, jamais vertueux", ironise-t-elle en parlant d'elle à la troisième personne. "Il y a des questions qu'on pose qui ne seront jamais posées aux autres. N'est-elle pas menteuse ? A-t-elle de vrais diplômes ? Quel est son rapport à l'argent ?" "On m'a traitée de menteuse, de manipulatrice, de personne avide", fustige-t-elle. "A quel moment de grâce on a dit que j'avais des compétences ?" "Lucre, avidité, manipulatrice", raille-t-elle en soufflant.
"L'avidité, j'en suis loin Monsieur le procureur", reprend Rachida Dati. "Vous dites que j'ai sali la robe d'avocat, la robe de magistrat. La robe que j'ai portée était celle de Simone Veil. Et quand j'ai prêté serment, maman était en chimiothérapie, elle ne savait ni lire ni écrire", ajoute-t-elle, d'une voix toujours contenue par l'émotion.