// FRANCEINFO FAITS DIVERS — CRONACA
Façades rafalées, paillassons incendiés… Ces méthodes d'intimidation des narcotrafiquants qui mettent en danger la vie des habitants
Pour sauvegarder cet article, connectez-vous ou créez un compte franceinfo
Des tirs sur des habitations, des façades criblées de balles… Pour imposer leur loi, des réseaux de narcotrafiquants sèment la peur jusque chez les riverains. Enquête sur ces attaques, qui sont parfois filmées et diffusées sur les réseaux sociaux. Des démonstrations de force pour contrôler le trafic local, au risque de tuer un habitant.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Une série de tirs au coup par coup, contre la porte d'un appartement depuis le palier d'un immeuble. Des rafales contre des façades de restaurants en pleine nuit. Mais aussi, des incendies criminels filmés et relayés sur les réseaux sociaux, accompagnés de musique rap pour accentuer encore la pression. Mais ces violences destinées à intimider font parfois des victimes collatérales.
Comme à Marseille (Bouches-du-Rhône), dans une petite résidence du centre-ville. Il est une heure du matin en juillet 2025, lorsqu'un homme fait feu sur le palier. Derrière une porte en bois, une femme de 46 ans, agent d'entretien à l'hôpital de la Timone, meurt tuée d'une seule balle en plein thorax. L'impact relevé par la police judiciaire montre le choc.
Quatre jeunes hommes âgés d'une vingtaine d'années ont été interpellés pistés grâce aux images de vidéosurveillance. La quadragénaire n'avait rien à voir avec le trafic de drogue. Son meurtrier présumé se serait trompé d'étage. Sa sœur est venue d'Algérie pour tenter de comprendre ce qu'il s'est passé. Un an plus tard, toujours la même incompréhension : "Elle était tranquille, une femme qui fait sa maison, son travail, c'est tout. Elle était tout pour nous, c'est ma sœur. C'était vraiment un choc inoubliable. Ça change notre vie, complètement", confie Nawal Bouchareb.
L'une de nos équipes a pu rencontrer un couple visé au printemps dernier en pleine nuit. Une erreur de cible, là encore. Ils souhaitent rester anonymes. "C'est quand j'ai entendu les vitres tomber sur le plancher, que je me dis : 'Mais c'est à la maison'. J'ai dit : 'C'est chez nous qu'ils tirent'", se souviennent-ils. Des tirs qui auraient duré "trois à quatre secondes", et qui "sifflaient". Cette nuit-là, personne n'a été blessé, mais une balle s'est logée dans la chambre de leur petite fille.
Aucune statistique officielle n'existe sur ces violences destinées à effrayer, mais nous en avons recensé une centaine ces derniers mois. Des affaires qui se multiplient un peu partout en France, avec souvent le même enjeu : le contrôle du trafic local de drogue. "Le but est quand même d'intimider, c'est de toucher la famille, la famille du narcotrafiquant. Ça le fait réfléchir, on lui met la pression, on essaie de lui faire comprendre qu'on peut aller plus loin encore, et là ça peut avoir un impact effectivement dans la volonté de récupérer un territoire", explique Bruno Bartoccetti, délégué national, syndicat de police Un1té.
En première ligne, Lyon (Rhône) et son agglomération : les incendies criminels se multiplient depuis plusieurs mois dans le département. Le feu a pris au petit matin en mai dernier, dans un immeuble de sept étages de Décines-Charpieu. La porte d'entrée d'un appartement vient de s'embraser. "Dans ce quartier, il y a eu des paillassonnages, comme on dit, des feux de paillassons sous fond de guerre de narcotrafic", indiquait alors Antoine Guerin, préfet délégué à la défense et à la sécurité dans le Rhône.
Sur place, comme à Marseille, l'avertissement a viré au drame, avec trois morts. Les auteurs présumés ont entre 16 et 18 ans. Ils ont été arrêtés et incarcérés.