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Actualité : Rapatrier les datacenters en France est-il vraiment une bonne idée politique et écologique ?
Un récent rapport du sénat s’inquiétant de l’empreinte carbone des centres de données propose de transformer cette situation en "opportunité pour la France" en rapatriant sur le territoire ces fermes de serveurs extrêmement énergivores. Mais les arguments écologiques et stratégiques évoqués sont discutables et discutés.
© Petr Kovalenkov // Shutterstock - Le Paris Digital Park de La Courneuve et ses 80 mégawatts d'énergie s'apprête à faire pâle figure face aux projets qui arrivent
Flanqué de son PC sur lequel on aperçoit un autocollant "Quand tout sera privé, on sera privé·e·s de tout", Benoit Petit déroule : "Ce n’est pas parce qu’on est en démocratie que l’information est libre ni qu’on a les bonnes données qui alimentent les bonnes politiques et les bonnes trajectoires." À l’occasion du cycle de conférence FOST (Future of Software Technologies Conference), le cofondateur du bureau d’étude Hubblo revient sur le manque de transparence qui entoure l’implémentation des centres de données en France.
En passe de devenir des "projets d’intérêt national majeurs" (PINM), les data center hexagonaux cultivent effectivement une certaine opacité sur leur empreinte carbone. L’enjeu est pourtant de taille à un moment où la France veut mettre un coup d’accélération sur le déploiement de ces structures dans le pays, autant pour des raisons écologiques qu’économiques.
Si le récent rapport du Sénat encourage le déploiement de plus de centres de données en France pour tirer des raisons environnementales, beaucoup d’efforts politiques poursuivent le même but pour des questions stratégiques de souveraineté. Au pays du nucléaire et de Mistral, "l’enjeu c’est de lier la souveraineté à la durabilité", synthétise Gaël Duez, fondateur du cabinet de conseil GreenIO.
"Pour moi, la souveraineté, c’est les conditions nécessaires à un projet de civilisation", entame Sébastien Soriano, auteur de "La Fabrique de la souveraineté" et directeur général de l’IGN. "Si la France veut être souveraine, c’est parce qu’elle veut être la France", illustre le haut fonctionnaire en citant, pêle-mêle, les idées des Lumières, le CNC et le prix unique du livre comme signes distinctifs de la nation française. Quel rapport avec les centres de données et l’IA ? On y vient.
Selon l’ancien président de l’Arcep, il est essentiel de faire preuve de la même originalité dans nos choix relatifs aux déploiements des centres de données. "L’IA à la française ne doit pas ressembler à l’IA américaine", défend Sébastien Soriano. Plus qu’une multiplication de data center géants, la France ferait mieux de se tourner vers des modèles plus "frugaux" capables, pourquoi pas, de tourner en local sur nos machines. "En termes de soutenabilité et de contrôle, on doit viser une certaine architecture d’IA".
L’IA à la française ne doit pas ressembler à l’IA américaine
"D’un point de vue environnemental, le choix des architectures infuse sur le reste", abonde Benoit Petit. Les "hyperscalers" dont les projets fleurissent actuellement en France "nous font entrer dans une autre catégorie de problèmes", avance le responsable. "Un centre de données en France en 2024 c’est 7,5 Mégawatts. Un hyperscaler à l’époque dépassait rarement les 200 mégawatts. Aujourd’hui on parle d’installations à 700, 1000 ou 1200 mégawatts". Soit la puissance électrique moyenne d’un réacteur nucléaire.
Mais en plus de ces besoins gargantuesques en électricité, ces installations ont aussi d’autres impacts, notamment sur la consommation d’eau et l’artificialisation des sols. Si ces préoccupations sont bien présentes dans le rapport du Sénat, elles ne le sont que de manière parcellaire.